Flux migratoires de prêtres entre continents

Le bureau des statistiques de l’Église a préparé une note pour quantifier les flux migratoires de prêtres d’un continent à l’autre. Cette note a été répercutée par un article dans l’Osservatore romano du 30 juillet 2019. Pourquoi cet intérêt pour les prêtres « fidei donum » comme on les appelle dans le jargon de l’Église ?

Welcome_Avril2018. Flux migratoires de prêtres entre les continents. Participants à la session Welcome organisée par la cellule accueil de la Mission universelle, à Lisieux, en avril 2018.

Participants à la session Welcome organisée par la cellule accueil de la Mission universelle, à Lisieux, en avril 2018.

Cette étude se limite au clergé diocésain. Elle compare la situation de ces flux internationaux de prêtres à quatre dates : 1978 (année de l’élection du pape Jean-Paul II), 2005, 2013 et 2017. Il ne s’agit que des prêtres diocésains et non du total des prêtres, y compris les religieux. On sait que les religieux, surtout dans les congrégations « mondialisées » ont une forte tradition de se voir nommés dans des pays et continents autres que ceux de leur naissance. Dans cette note, il ne s’agit que des migrations de prêtres hors de leur continent d’origine. Or on sait que de nombreux prêtres servent aussi dans d’autres pays de leur propre continent : on trouve de nombreux prêtres polonais en Allemagne et dans les pays nordiques ; on trouve des prêtres philippins dans tous les pays d’Asie. Ceux-là ne sont pas pris en considération dans cette étude.

Premier résultat de l’étude : on ne constate pas une augmentation significative du nombre de prêtres, en pourcentage du total, qui ont « émigré » hors de leur continent d’origine. Environ 7 ou 8% du total des prêtres diocésains.

Deuxième constat : cette constance recouvre des modifications dans le flux des prêtres diocésains immigrants et émigrants. Les Européens qui étaient en 1978 plutôt émigrants sont devenus un continent d’immigration (de prêtres).

Ce qui est contre-intuitif, ce sont les résultats pour l’Afrique et l’Asie. Durant toute la période, ces deux continents ont fait apparaitre des soldes négatifs, c’est-à-dire que le nombre de prêtres diocésains arrivés et provenant d’autres continents est toujours inférieur à celui de ceux qui ont quitté leur continent d’incardination, Asie ou Afrique.

En conclusion, nous apprend l’étude, durant la période 1978-2017, les flux migratoires de prêtres diocésains jouent un rôle important certes mais plutôt limité. Cela touche de façon positive (c’est-à-dire avec un solde migratoire positif) uniquement l’Amérique et dans la dernière période, l’Europe. Les corps sacerdotaux européen et américain sont les plus anciens (par l’âge) et les plus affaiblis par un taux de renouvellement faible.

Leçons de cette étude et de sa publication par l’Osservatore romano :

  • Cette étude relativise l’importance des flux inter-continents des prêtres diocésains. Au niveau des chiffres absolus, en tout cas.
  • Le transfert de prêtres d’un continent à l’autre, est-ce une solution au manque de prêtres ?
    On sait que le récent synode pan-amazonien s’est penché sur la question du manque de prêtres dans le bassin amazonien. Ce que ce synode propose se trouve au paragraphe 111 du document final (cela sera peut-être repris par le pape dans l’exhortation qui suivra ce synode et qui doit être publié avant la fin 2019) :  Beaucoup de communautés ecclésiales du territoire amazonien ont d’énormes difficultés pour accéder à l’Eucharistie… nous proposons d’établir des critères et des dispositions de la part de l’autorité compétente, pour ordonner prêtres des hommes appropriés et reconnus de la communauté, qui ont un diaconat permanent fécond et reçoivent une formation adéquate pour le sacerdoce, pouvant avoir une famille légitimement constituée et stable, pour soutenir la vie de la communauté chrétienne par la prédication de la Parole et la célébration des Sacrements dans les endroits les plus reculés de la région amazonienne. A cet égard, certains se sont prononcés en faveur d’une approche universelle du sujet.
    Faire venir des prêtres migrants n’est donc pas la seule solution au manque de prêtres !
    Nul doute que certains, en Europe et en particulier en France, diront que ce pays manque de prêtres. Faire venir des prêtres venus d’ailleurs, comme c’est le cas actuellement, est-ce une solution ? la solution ? une solution opportune à long terme ? La proposition du synode pan-amazonien pourrait-elle s’appliquer en France ? Etc.
  • L’article publié dans l’Osservatore Romano est fondé sur des statistiques, mais des statistiques partielles: elles ne prennent pas en compte les prêtres religieux, ni les migrations à l’intérieur du même continent.
  • Il faudrait comparer le nombre de prêtres dans un continent au nombre de catholiques, et au nombre d’habitants. Avec ce critère, on constaterait que l’Europe qui importe des prêtres venus d’ailleurs, reste, et de loin, le continent où l’on trouve le plus de prêtres par millier de catholique, et par millier d’habitants. Fort loin devant l’Afrique et devant l’Asie. Ce ratio ne s’améliorera pas, vu que la croissance démographique (et donc aussi la croissance du nombre de catholiques) restera importante en Afrique durant quelques décennies, alors que l’Europe a plutôt atteint un palier stable.

Cette étude et sa publication sont utiles au débat, mais n’épuisent pas le sujet. Il faudrait encore prendre en compte d’autres éléments pour porter un jugement plus précis sur le phénomène des prêtres migrants d’un continent à l’autre !

Antoine Sondag
novembre 2019

 Mouvements migratoires des prêtres diocésains en 178, 2005, 2013 et 2017.

Mouvements migratoires des prêtres diocésains en 1978, 2005, 2013 et 2017. Tableau