Le rôle des femmes pour « réparer l’Église »

On se souvient que Jésus avait demandé à St François d’Assise de « réparer l’Église ». Et celui-ci s’était procuré marteau et truelle, avant de réaliser qu’il ne s’agissait pas de l’église, mais de l’Église !
Le pape François a choisi le nom de François avec la volonté explicite de reprendre le programme du saint d’Assise !
Nathalie Becquart, ancienne directrice du service de l’évangélisation des jeunes à la CEF, a publié une tribune dans l’Observatore Romano sous le titre cité ci-dessus.

Le rôle des femmes pour « réparer l’Église ». Nathalie Becquart, au milieu, détente avec le pape et une consoeur italienne !

Nathalie Becquart, au milieu, détente avec le pape et une consoeur italienne !

Avec le Pape François façonné par son expérience sud-américaine ancrée dans une théologie du Peuple de Dieu et élu pour faire avancer la Réforme de l’Église, l’Église est entrée dans une nouvelle étape de la réception de Vatican II qui met l’accent sur la synodalité. Dans un des textes clés de son pontificat(1) le Pape François, à partir d’une lecture des « signes des temps », indique clairement l’horizon : « Le monde dans lequel nous vivons, et que nous sommes appelés à aimer et à servir même dans ses contradictions, exige de l’Église le renforcement des synergies dans tous les domaines de sa mission. Le chemin de la synodalité est justement celui que Dieu attend de l’Église du troisième millénaire ».
La crise actuelle avec la prise de conscience de l’ampleur des abus sexuels et de l’urgence de lutter contre toute forme d’abus est aussi un « kairos », c’est-à-dire un temps favorable, qui souligne encore davantage l’enjeu de sortir du cléricalisme. Car beaucoup de fidèles, notamment les jeunes et les femmes, ont une forte conscience que l’Église ne peut continuer comme avant et doit changer des manières de faire pour être plus synodale et leur donner davantage de place et de responsabilités. Ainsi le choc au retentissement mondial de l’incendie de Notre-Dame de Paris a-t-il symbolisé pour beaucoup ce que l’Église est en train de vivre : une forme d’effondrement de structures anciennes. Par l’écoute indispensable et première des victimes, un chemin de vérité se fait dans la douleur pour reconnaître que l’Église est en train de brûler, gangrenée de l’intérieur par ce qui a pu engendrer ces pratiques perverses, ces silences dévastateurs, ces dissimulations mortifères, ces abus de pouvoirs destructeurs. Aussi se fait jour avec plus d’acuité l’idée qu’il est nécessaire de « réparer l’Église ». Ce qui nécessite d’autres pratiques ecclésiales plus collégiales, plus dialogales, plus participatives, plus inclusives permettant à tous – hommes et femmes, jeunes et ainés – d’être acteurs et aux laïcs d’être associés aux processus décisionnels. Reconstruire l’Église pour qu’elle soit plus évangélique, plus missionnaire, plus synodale demande aussi d’associer à cette recherche les plus petits, les plus faibles, les plus pauvres, les plus blessés. Pour « réparer » l’Église, mais plus encore pour témoigner du Christ dans les cultures et langages du 21ème siècle, les baptisés,tous disciples missionnaires quel que soit leur vocation,sont donc appelés à discerner et à tracer ensemble les chemins de la mission. Il s’agit donc de trouver les manières d’agir traduisant concrètement en chaque contexte cette identité profonde de l’Église qui est « une communion missionnaire » enracinée dans le mystère trinitaire. Sans doute les femmes – qui viennent d’emblée mettre de l’altérité dans le système clérical et portent un désir de collaboration dans la réciprocité avec les hommes pour une plus grande fécondité pastorale – et parmi elles les religieuses – de par leur expérience de la vie communautaire fraternelle, du discernement communautaire, de l’obéissance vécue comme « une écoute commune de l’Esprit » – ont-elles un rôle primordial à jouer pour promouvoir, avec tant de laïcs qui aspirent à prendre toute leur place dans cette église synodale, ces pratiques ecclésiales dont les mots-clés sont l’écoute, le service de tous, l’humilité et la conversion, la participation et la coresponsabilité.
La synodalité, « dimension constitutive de l’Église »(2) , prenant la forme d’une « marche ensemble »(3) à l’écoute de l’Esprit, est véritablement une clé pour l’annonce et la transmission de la foi aujourd’hui(4). Dans l’élan du synode d’octobre 2018 sur « les jeunes, la foi et le discernement vocationnel », dans l’esprit du Sommet de février 2019 sur les abus sexuels, et dans la perspective du synode sur l’Amazonie nous sommes ainsi tous appelés à vivre et à déployer la synodalité comme « le style missionnaire » de l’Église pour relever les défis actuels.

Nathalie Becquart, Xavière
Consulteur auprès du Secrétariat général du Synode des Évêques.

Nathalie Becquart a publié récemment : Marcher ensemble, Commentaire pastoral et théologique du Discours du Pape François pour le 50ème anniversaire de l’Institution du synode, chapitre sur « le synode des jeunes, laboratoire de synodalité », Salvator 2019

1 Discours pour la Commémoration du 50ème anniversaire de l’institution du Synode des Évêques, 17 octobre 2015
2 Ibid
3 Comme l’indique l’étymologie du mot synode du grec sun-odos qui veut dire « marche ensemble
4 Cf Document final du synode des jeunes §121 « L’expérience vécue a rendu les participants au Synode conscients de l’importance d’une forme synodale de l’Église pour l’annonce et la transmission de la foi. La participation des jeunes a contribué à “ réveiller ” la synodalité »
5 Cf Document final du synode des jeunes