Genève est aussi catholique !

A l’occasion de la visite du pape au Conseil Œcuménique des Eglises à Genève ce 21 juin, cet article présente la situation religieuse de la ville où le pape célébrera une messe pour les catholiques… qui sont plus nombreux que les protestants dans cette ville qui passe pour être la « Rome protestante ». C’est aussi l’occasion de mieux connaitre la situation religieuse de la Suisse, si proche de la France et à certains égards si éloignée du système français.
On rappellera aussi que la banlieue de Genève se situe en France : Ferney et Gex dans le diocèse de Belley-Ars et  Annemasse et St Julien dans le diocèse d’Annecy. Nul doute que les catholiques de ces deux zones se sentent concernés par tout ce qui se passe à Genève, surtout ceux, nombreux, qui y travaillent.

 

Genève catholique. Palais des Nations à Genève

Le Palais des Nations, à Genève.

 

A l’occasion de la visite du Pape François à Genève le 21 juin 2018, le regard d’un agent pastoral du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg (LGF) sur l’Eglise locale.

Quand on demande à des Suisses comment fonctionne leur pays, la première réponse fuse : « ça dépend des cantons ! ». Il en va de même pour l’Eglise. L’évêque délègue dans chaque canton un vicaire épiscopal. A lui d’organiser, avec un conseil du vicariat, la pastorale à l’échelle cantonale.

Deux bonnes raisons à cela. La première est liée à l’histoire religieuse de chaque canton. Fribourg est franchement catholique. Les fêtes spécifiques au catholicisme comme la Fête-Dieu ou l’Assomption y sont des jours fériés. Ces fêtes restent par contre confinées aux messes du dimanche le plus proche dans les cantons protestants que sont Genève, Vaud ou Neuchâtel.

Partage du pouvoir clercs-laïcs

La deuxième est liée aux relations Eglises-Etat. Celles-ci sont régies sur le plan cantonal. A Genève et à Neuchâtel, Eglise et Etat sont séparés, on se rapproche du modèle français. Les Eglises dépendent exclusivement de contributions volontaires. A Fribourg et Vaud les Eglises sont reconnues de droit public et financées par les impôts. Mais dans tous les cas, les interlocuteurs ecclésiaux des cantons sont les corporations ecclésiastiques cantonales, non l’évêque. Ainsi, les finances de l’Eglise ne sont pas gérées par le diocèse, mais par ces corporations dirigées par des laïcs. Ainsi comme agent pastoral laïc (LEME salarié), je suis employé par la corporation de l’Eglise catholique de mon canton (en 2013, mon contrat de travail a ainsi été signé par deux femmes, la présidente et la secrétaire générale de cette corporation) et j’ai reçu une lettre de mission du vicaire épiscopal pour le canton de Vaud.

Cette réalité bicéphale ne va pas sans tension. L’Eglise en Suisse est ainsi en perpétuelle négociation interne, ce qui absorbe beaucoup d’énergie. Quand tout va bien, ce partage du pouvoir entre clercs et laïcs est riche. Mais quand la communication est grippée, les conséquences peuvent être pénibles.

Protestantisme et migration

Genève, Lausanne et Neuchâtel sont passées à la réforme il y a 500 ans. Au cours du XIXème siècle, le culte catholique revient, notamment sous la pression de l’immigration, d’abord interne à la Suisse, puis européenne. L’immigration se poursuivant tout au long du XXème siècle, elle permet à l’Eglise catholique de se maintenir, malgré la perte générale de fidèles. Si bien que les cantons historiquement protestants ont ainsi dans leur population plus de catholiques que de protestants[1]. Genève en est l’exemple le plus frappant. Le canton compte 33% de catholiques, 9% de protestants et 40% de sans confession.

L’Eglise catholique dans le diocèse LGF est donc très multiculturelle. Elle ne se contente pas d’être bilingue. Dans les paroisses urbaines, les communautés portugaises, espagnoles et italiennes ont les plus forts contingents d’enfants au catéchisme. Et le clergé du diocèse est en grande partie composé de prêtres venus d’Afrique ou de Pologne.

Œcuménisme pratique

Elle est aussi fortement marquée par l’œcuménisme, en particulier pour la pastorale sociale. Les deux confessions se percevant à parité, elles sont obligées de collaborer. Elles le font d’autant plus facilement que l’œcuménisme pratique est sans obstacle ecclésiologique. Aumônerie d’hôpitaux, de prisons ou d’université, pastorale de rue, action auprès des réfugiés et des migrants[2], le partage est constant entre agents pastoraux catholiques (rares sont les prêtres assumant des fonctions dans ces missions aux périphéries) et pasteurs ou diacres protestants. Dans le canton de Vaud, un accord passé entre l’Etat et les Eglises précise que ces aumôneries sont des missions communes aux deux confessions et doivent donc être organisées ensemble.

Le Pape François va ainsi célébrer une messe à Genève avec une Eglise locale dont le clergé autochtone vieillit comme partout en Europe, mais dont la vitalité est maintenue par la migration. L’engagement dans les périphéries est souvent mené avec les protestants pendant que la vie paroissiale suit son chemin en s’appuyant de plus en plus sur les laïcs, bénévoles ou salariés. L’évêque du diocèse, Mgr Charles Morerod, souhaite que les Unités pastorales regroupant plusieurs paroisses renouvellent leur vie communautaire par les rassemblements dominicaux. La diaconie gagne aussi en visibilité. Ainsi une « université de la diaconie » est prévue à Fribourg fin janvier 2019 à l’inspiration – en bien plus modeste – de Diaconia 2013 à Lourdes.

Jean-Claude Huot
Pastorale œcuménique dans le monde du travail pour les Eglises du canton de Vaud

 

 

 

Quelques liens utiles :

[1] Voir les données 2016 de l’Office fédéral de la statistique. A l’échelle suisse les Musulmans représentent 5% de la population.
[2] Les liens donnés ici renvoient aux exemples genevois, mais on retrouve cela dans beaucoup d’autres cantons.