Anila, 20 ans, pakistanaise, étudiante, catholique…

En août 2018, Antoine Sondag s’est rendu au Pakistan pour une session de formation de laïcs consacrée à l’enseignement social de l’Eglise. Il y a rencontré Anila, 20 ans, pakistanaise, étudiante, catholique… elle suivait la session. Voici son interview.

Pakistanaise étudiante catholique. Anila ( deuxième à partir de la gauche) et Antoine Sondag (à droite) à l’occasion de la fête nationale du Pakistan (14 août).

Anila ( deuxième à partir de la gauche) et Antoine Sondag (à droite) à l’occasion de la fête nationale du Pakistan (14 août).

J’ai 20 ans, je suis étudiante en sciences. Et je suis en même temps étudiante dans une filière SBS : Studies of Biblical Sciences, études en sciences bibliques…

Je vais tenter de passer mes examens en sciences, mais également dans ce domaine des sciences bibliques. Je souhaite continuer également mes études en théologie. D’abord je suis étudiante dans un « college » de l’Etat (premier cycle de l’enseignement supérieur). La filière biblique SBS est un projet de la Commission catholique pour la Bible (de la Conférence des Evêques du Pakistan), c’est un projet d’enseignement à distance, en anglais. Toutes les personnes du Pakistan ont là une merveilleuse opportunité d’approfondir leur connaissance de la Bible. On peut même passer des examens dans ce domaine. Et on peut renforcer ses connaissances en théologie.

Je vis à Hyderabad, dans la province du Sind. Hyderabad n’est pas vraiment une très grande ville. J’ai trois frères et je suis la seule fille de la fratrie. Je suis membre de MAP (Maktaba e Anaveem Pakistan[1]) depuis 6 ans déjà. J’avais quinze ans lorsque j’ai décidé de rejoindre MAP, lors d’une session qui s’est tenue à TIL (Theological Institute for Laity : un centre d’accueil et de formation qui organise des sessions pour laïcs, comme son nom l’indique, le centre est situé à côté de la ville de Gujranwala, dans la province du Penjab).

MAP a été et reste pour moi une excellente occasion de développer mes aptitudes, d’apprendre un peu plus, de suivre des sessions de formation… tout ceci me guide dans ma vie.

Mes parents sont aussi membres de MAP.

A MAP, tout est mélangé, il n’y a pas vraiment d’activités spécifiques pour les jeunes ou pour les plus âgés… Mais il y a un programme spécifique pour les femmes, oui, c’est vrai. MAP est comme un environnement familial, il y a de tout, tous les sujets, tous les âges, toutes les conditions…. MAP m’a donné l’occasion de venir (me former) à TIL… j’y ai suivi des sessions de formation, certaines spécifiques pour une théologie pour laïcs, on a étudié des thèmes spécifiques pour les droits des femmes, des études bibliques, etc…

Pour venir de Hyderabad, j’ai mis 17h, c’est le temps que met le bus pour venir. En avion, c’est plus rapide, environ deux heures.

L’enseignement à distance dont j’ai parlé –SBS- est centré sur la théologie. Mais les formations organisées par MAP sont différentes, on y évoque aussi des thèmes de droits de l’homme, des activités sociales, le dialogue inter-religieux, etc…

Entre MAP et SBS, il n’y a ni compétition, ni duplication, ni répétition.

D’ailleurs, MAP dispose également de sessions théologiques.

Je suis aussi membre de la Jeunesse franciscaine. Pourquoi ? Pour vivre une vie à la manière de (St) François d’Assise… une vie influencée par sa manière de vivre. Je voudrais continuer cet héritage par ma propre vie.

Promouvoir l’humanité, l’amour et la paix parmi les gens, se préoccuper du climat, parler aux oiseaux, faire tout cela comme François d’Assise l’a fait, dégager l’énergie de l’amour… Je veux transmettre cette énergie comme François l’a fait…

Pourquoi les jeunesses franciscaines ? Sans doute parce que notre paroisse est gérée par des franciscains, parce qu’il y a des fraternités de Ste Elizabeth dans notre diocèse. Notre évêque n’est pas franciscain, mais certaines paroisses le sont… Ma paroisse a été confiée à deux franciscains. Il y a des fraternités franciscaines dans ma paroisse.

C’est ainsi que nous sommes devenus peu à peu plus familiarisés avec les franciscains, avec le charisme franciscain.

Je n’ai jamais été à l’étranger, c’est compliqué d’aller à l’étranger en tant que chrétien pakistanais. Comme chrétien, nous aimerions aller à Jérusalem, mais ce n’est pas possible[2]. Je serais pourtant ravie de pouvoir visiter Jérusalem, la Terre Sainte… Aller à Rome, c’est plus facile, il suffit de pouvoir y aller, et d’obtenir un passeport ou un visa… Il faudra que je voie Rome un jour, les vestiges de St Paul l’apôtre, les églises et les basiliques… Je dois voir Rome. Cela fait partie de mes projets.

Q : Comment je me vois en 2028, dans dix ans ?

J’aurai trente ans. Je me vois comme très professionnelle dans mon secteur d’activité professionnelle, je voudrais avoir une famille, un mari et des enfants. Je mènerai une vie agréable, je m’épanouirai, une vie unique, créative… Ce sera quoi, mon domaine ? L’enseignement. Je souhaiterais devenir professeur, pour enseigner. J’aime l’enseignement, ce que j’ai appris, je voudrais le donner à d’autres, à partir de ma vie, pour leur donner à eux-aussi une chance…

Probablement, je vivrai au Pakistan. Mais je serais prête à m’installer dans un autre pays, cela dépendra des circonstances, des opportunités… en tout cas, l’émigration n’est pas exclue…

Je suis très fière d’être pakistanaise, je ne me sens pas opprimée[3], nous avons tout ce qu’il faut, j’ai la liberté de vivre une vie libre, d’aller à mon église… j’éprouve la liberté avec mes collègues musulmans, avec tout le monde. Je suis libre de travailler avec les amis musulmans, dans une autre ville du pays, sans restriction… comme pakistanaise, comme chrétienne, comme femme.

Les conflits entre personnes de religion différentes dans ce pays sont d’origine politique, ce n’est pas vraiment religieux…

Comment j’ai été invitée à cette session ici au centre TIL, pour cette session sur l’enseignement social de l’Eglise ? C’est Alishba qui m’a invitée, elle me connait, comme membre de MAP depuis 6 ans… J’ai dû demander un congé à mon « collège », mais cela s’est fait sans problème majeur…

 

Interview réalisée par Antoine Sondag
Août 2018

Sur le sujet, on pourra également lire : L’Eglise catholique au Pakistan  et Charles de Foucauld au Pakistan

[1] Voir l’interview de Henry Hamid qui explique ce qu’est ce mouvement MAP 
[2] Le Pakistan ne reconnait pas l’existence de l’Etat d’Israël. Ses ressortissants ne peuvent donc pas atterrir à Tel Aviv (note du traducteur).
[3] Sur ce point, voir l’introduction à l’article cité en note 1 (note du traducteur).