Le « Médecin des pauvres » bientôt béatifié

Le Vatican a annoncé la prochaine béatification du médecin vénézuélien José Gregorio Hernández Cisneros. La date n’en est pas encore connue, mais l’Église du Venezuela se prépare.

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Portrait de José Gregorio Hernández, le « Médecin des pauvres » sera bientôt béatifié.

La nouvelle est « reçue comme un  message d’espérance par la population à un moment si difficile et au milieu de la pandémie », nous dit le docteur Narda Carlucci depuis le Venezuela. Elle ajoute que « les Vénézuéliens s’identifient à lui, le Saint du peuple, qui a donné un témoignage de générosité, de charité, de solidarité, et dont le cœur vibrait pour les pauvres et les défavorisés ». En tant que médecin, elle se sent honorée par la prochaine béatification d’un homme « qui s’est consacré à la science, a apporté à la médecine et a fait de sa profession une vocation, un apostolat ».
Un autre médecin, le docteur Sikiú Alexandra Márquez González, de Caracas, témoigne également ci-dessous, et le Conseil national des Laïcs du Venezuela a publié le 19 juillet 2020, un mois après l’annonce du Vatican, un communiqué. On trouvera aussi une courte biographie[1] du Dr José Gregorio Hernández.

« On peut apprendre beaucoup de choses sur le Dr José Gregorio Hernández Cisneros à partir des notices biographiques publiées jusqu’à présent. Parler du Dr José Gregorio Hernández, c’est parler d’un homme intègre, un homme de science et de foi, un nom présent depuis des décennies dans les récits et anecdotes de nombreuses familles qui n’ont pas attendu les démarches rigoureuses exigées par la Congrégation pour la Cause des Saints du Saint-Siège pour le considérer comme un saint : les malades que la dévotion confie à son intercession, les conversations spontanées entre catholiques et croyants d’autres religions dans la rue, dans les écoles, au marché, dans les églises et les hôpitaux, les mères et les grands-mères que l’on a souvent entendu dire : « prends ce médicament (parfois une décoction), et avec l’aide du Dr José Gregorio tu guériras… »  Son nom et son œuvre sont largement connus, il occupe, sans aucun doute, une place de choix dans le peuple vénézuélien.

Ceux d’entre nous qui travaillent dans le domaine de la santé sont témoins de cette dévotion populaire enracinée dans diverses couches socio-économiques, c’est-à-dire à la fois les pauvres et les riches. Beaucoup parmi nous, certains croyants et d’autres moins, ont pu constater, en observateurs objectifs et respectueux, la manifestation d’une foi simple et authentique attendant un miracle par l’intercession du Dr José Gregorio Hernández. Au milieu de la crise socio-économique qui a conduit à la précarité aux différents niveaux institutionnels prestataires de services de santé et à quoi s’ajoute à une pandémie, ils sont passés sous silence et non répertoriés, ces patients qui vont d’évolutions atypiques jusqu’à l’absence de maladie. Et cela non par volonté de ceux qui devraient le faire, mais à cause de l’absence des ressources nécessaires à une étude médicale approfondie dans des circonstances où les priorités s’avèrent autres, comme celle de survivre avec la meilleure qualité de vie possible. De telle sorte qu’il revient à l’expérience et à la foi de tout un chacun de l’attribuer ou non à une guérison miraculeuse par l’intercession de celui à qui elle a été confiée, y compris le Dr José Gregorio Hernández. Quoi qu’il en soit, pour ceux d’entre nous qui exercent une profession aussi noble et exigeante que la médecine, c’est une source de fierté de pouvoir dire que dans notre corps médical il y a un Bienheureux, exemple de ce que c’est que de faire de son travail un don de soi-même conjugué à un digne exercice et chez qui il n’y a pas de contradiction entre la science et la foi.

La récente approbation par l’Église catholique de la béatification de celui que l’on considère comme le Docteur des pauvres, a été une cause de grande joie pour toute une nation qui subit les conséquences d’une gestion politique et économique insuffisante et inadéquate, qui n’a pourtant pas réussi à saper la foi, et encore moins n’a pu empêcher de raviver l’espérance comme un rayon de lumière au milieu des ténèbres. C’est une approbation officielle attendue depuis longtemps mais qui, dans le jugement et la manifestation de la piété populaire vénézuélienne, était depuis longtemps considérée comme un fait, bien que tacitement, mais juste et maintenant enfin réalisée ».

Dr Sikiú Alexandra Márquez González
Caracas (Venezuela)

[1] Courte biographie de José Gregorio Hernández: 
Naissance à Isnotú, dans l'État andin de Trujillo, à l'ouest du pays, le 26 octobre 1864. José Gregorio est l’aîné de six enfants.
Il veut faire des études de droit, mais son père le pousse vers la médecine, qu’il termine à Caracas en 1888.
Titulaire d’une bourse, il part pour Paris afin d’approfondir des domaines de la médecine alors peu connus au Venezuela, comme la microbiologie, l’histologie, la bactériologie et la physiologie expérimentale. Il continuera ensuite à étudier ces spécialités en Allemagne, avant de revenir au Venezuela trois ans plus tard. Il introduira le microscope optique dans son pays. Il enseigne à l'Université centrale du Venezuela à Caracas et plus tard à l'hôpital Vargas. Il est le co-fondateur de l'académie nationale vénézuélienne de médecine.
Deux tentatives d’entrée dans la vie monastique d’abord puis au séminaire diocésain ensuite, échouèrent pour raisons de santé et José Gregorio décida alors de vivre sa vocation chrétienne au service des malades, dans une vie laïque comme membre du tiers-ordre franciscain. Il se consacre particulièrement aux plus pauvres.
Meurtri par les nouvelles de la première guerre mondiale, il avait offert sa vie à Dieu pour la fin de la guerre. Le lendemain de la signature du Traité de Versailles, il meurt à Caracas, le 29 juin 1919, renversé par une automobile.
Vous regarderez avec intérêt le documentaire sur la vie du docteur José Gregorio Hernández Cisneros suivi de témoignages.

 

CNLAu peuple vénézuélien, à la communauté internationale
et à tous les Hommes de bonne volonté

 

Le Conseil national des laïcs du Venezuela (CNL) exprime sa joie à l’annonce de la prochaine béatification du Vénérable Serviteur de Dieu José Gregorio Hernández Cisneros, selon le décret de Sa Sainteté le Pape François, donné à Rome le 19 juin 2020, et qui a empli d’une joie profonde tous les Vénézuéliens des quatre coins du pays, et ces compatriotes qui, pour diverses raisons, sont hors du pays. Devant cette grande nouvelle, qui arrive comme un souffle d’espoir et emplit de gratitude et de joie les habitants de cette noble terre, nous sommes unis à l’Église universelle et à l’Église vénézuélienne d’une manière particulière, dans l’expression de la ferveur pour la communion des saints.

Le Vénérable Serviteur de Dieu José Gregorio Hernández Cisneros se dresse comme une lumière et un horizon de sainteté dans la dramatique situation actuelle. Le Dr José Gregorio incarne le laïc comme témoin de grandes vertus et comme exemple pour la société. Le médecin des pauvres, le médecin qui guérit du ciel, fait irruption dans la vie politique, sociale, économique, culturelle et éducative du Venezuela, montrant qu’il est possible d’atteindre la sainteté dans la vie ordinaire, avec une claire conviction des principes moraux, une manière d’agir honorable, généreuse et dans le service, fruit de l’étude, de la discipline, du travail et du don de soi-même sur le plan spirituel, personnel et professionnel.

Le nouveau bienheureux José Gregorio Hernández Cisneros, laïc catholique, homme de science et de foi, médecin, chercheur, universitaire, professeur d’université, bon fils, bon ami et citoyen exemplaire, est semé dans chaque localité, dans chaque foyer, dans chaque cœur vénézuélien. Son caractère d’homme travailleur, studieux, fidèle à ses principes chrétiens, humble et noble, éclaire le coeur du pays au milieu de la tempête d’injustice, de précarité, de pauvreté, d’insécurité et de violence. Le Vénézuélien veut être comme le Dr José Gregorio : imiter ses vertus, revêtir la vérité et la liberté, et vivre les Béatitudes comme il l’a fait à Isnotú, à Caracas, en Europe, où il a étudié, s’est formé et a grandi en sagesse, travaillant au service des plus nécessiteux, des pauvres et des vulnérables. Il a démontré qu’on peut être un enseignant, un chercheur, un grand homme de science internationalement reconnu, proche de sa famille, et en même temps être un homme de foi, de confiance absolue en Dieu.

Le nouveau Bienheureux José Gregorio Hernández Cisneros a été et est le saint – ami des Vénézuéliens. Sa présence solide, aimable et proche nous fait sentir qu’il est notre ami, le saint qui parcourt les villes, les rues, les maisons, les hôpitaux et les maisons de retraite, guérissant à la fois l’âme et le corps. Sa personne, fidèle au Christ, sa charité et son dévouement inconditionnel, nous permettent de penser que le Dr José Gregorio partage les joies et les peines de sa patrie. Le message de sa béatification intervient en pleine pandémie de COVID-19 et dans une situation inhumaine et moralement inacceptable. Le nouveau Bienheureux nous invite à travailler avec passion et sans crainte, à mettre nos talents et nos dons au service des plus hautes valeurs humano-chrétiennes dans la transformation de la Nation.

Le Venezuela se prépare au moment de la béatification en 2021. Pour cette fête nationale de prière, de ferveur, de foi, de joie, de fraternité et de paix, aucun lieu ne sera assez vaste pour accueillir les pèlerins et les visiteurs qui participeront à la messe de sa béatification. Tout le Venezuela affluera en un fleuve de foi, d’espérance et de charité coulant sur les routes du territoire, car nous serons tous acteurs de cet événement historique.

Le CNL, avec les laïcs vénézuéliens, les mouvements et associations d’Église, les conseils diocésains et archidiocésains, et les différents réseaux de travail et mission où il exerce son activité, continuera à travailler pour diffuser l’héritage du nouveau bienheureux : rendre plus solide notre foi et notre engagement laïc dans la construction d’une nouvelle société, inspirée par l’Évangile.

Le CNL déclare la période octobre 2020-octobre 2021 Année du Laïcat vénézuélien, afin d’approfondir la mission qui lui est propre : la transformation éthique, politique, économique, sociale, culturelle, éducative et environnementale du Venezuela, selon les valeurs humano-chrétiennes de l’Évangile. En cette année du laïcat vénézuélien, nous ferons le chemin avec notre futur Bienheureux, afin de promouvoir le leadership chrétien dans la recherche du bien commun. Dans cette optique, le CNL prendra les mesures ecclésiales nécessaires pour que le nouveau Bienheureux José Gregorio Hernández Cisneros soit déclaré Patron des laïcs vénézuéliens, confirmant et renouvelant la demande formulée lors de notre Assemblée annuelle, tenue en novembre 2019. Le Décret d’héroïcité des vertus de notre Vénérable indique : Le Serviteur de Dieu José Gregorio Hernández Cisneros, gloire des laïcs catholiques …

Le Conseil d’Administration du CNL intégrera la Commission Nationale de Béatification, formée par S.E. le Cardinal Baltazar Porras Cardozo, et prêtera à nouveau sa collaboration et son service en tant qu’Église en communion, à Monseigneur Tulio Ramirez, Vice-Postulateur de la Cause. Les mouvements, associations et divers groupes de laïcs soutiendront également le travail des commissions diocésaines et des diverses instances de la vie publique, privée et ecclésiale. Dans ce cadre d’action, le Conseil national des laïcs du Venezuela est uni à la Conférence épiscopale vénézuélienne (CEV) et à la Conférence vénézuélienne des religieux (CONVER), avec lesquelles nous agissons toujours dans un esprit d’unité et de communion de principes.

Le CNL exprime sa reconnaissance et sa considération aux autorités ecclésiastiques, pour leur travail louable durant des années et des décennies pour préparer la béatification du Vénérable.

Au cours de ces deux derniers siècles, l’Église vénézuélienne a été récompensée par des hommes et des femmes qui ont vécu la sainteté. Dans ce groupe de saints, nous trouvons trois femmes incomparables : la Bienheureuse Mère Marie de Saint Joseph, la Bienheureuse Mère Candelaria de Saint Joseph et la Bienheureuse Mère Carmen Rendiles, des religieuses qui ont fait de leur vie ordinaire, une vie extraordinaire d’exemple et de service. Elles seront bientôt rejointes par le nouveau bienheureux José Gregorio Hernández Cisneros, et ce sera quatre héros dont la vertu, tels des encensoirs, ne s’éteint jamais, laissant un sillage de vie cohérente à la société et à l’Église universelle. Ils ont transformé les vertus cardinales et théologales en un exercice réel et visible d’exemple et de témoignage pour le peuple vénézuélien.

 Par l’intermédiaire de Notre-Dame de Coromoto, patronne du Venezuela, nous adressons à Dieu nos prières d’action de grâce et de louange pour le nouveau Bienheureux.

Conseil d’administration
Conseil National des Laïcs du Venezuela (CNL)
María Elena Febres-Cordero Briceño, présidente
Manuel I. Arcaya Arcaya et Arellis Mejías Marrero, vice-présidents
Carlos Luis Capriles Lizarraga, Virginia Rivero Lozada, Nora Velasco de Albarrán, María Delia
Romero, Grace Carolina Núñez y M., administrateurs
Caracas, le 19 juillet 2020.