CNBB : lettre ouverte au Congrès national

La Conférence nationale des Évêques du Brésil (CNBB) a rendu publique le 13 juillet 2020 une « Lettre ouverte au Congrès national » demandant la tenue dans les plus brefs délais d’une session du Congrès qui analyse et rejette les veto du président Bolsonaro au projet de loi sur les mesures de protection sociale pour la prévention, la contagion et la propagation de la COVID-19 dans les territoires indigènes. Cette loi 14.021 créerait un Plan d’urgence pour faire face à la COVID-19 dans les territoires indigènes ; prévoit des mesures de soutien aux communautés quilombolas[1], aux pêcheurs artisanaux et aux autres peuples et communautés traditionnels pour faire face à la pandémie et modifie une loi de septembre 1990, afin de garantir des ressources supplémentaires dans les situations d’urgence et de catastrophe publique.

La Lettre ouverte considère comme louable le processus d’approbation du plan d’urgence pour faire face à la COVID-19 dans les territoires indigènes, les communautés quilombolas et autres peuples et communautés traditionnels a été louable. Pour la CNBB, le texte est le fruit des efforts collectifs des parlementaires, des représentants des communautés traditionnelles et des organisations de la société civile.

La CNBB déclare son indignation et son rejet à l’annonce le 7 juillet des 7 veto opposés à la loi par le président de la République. Elle considère ces veto comme éthiquement injustifiables et inhumains car ils « privent les peuples traditionnels de droits fondamentaux et de garanties quant à leur vie, comme l’accès à l’eau potable, qui « est un droit humain essentiel, fondamental et universel car il détermine la survie des personnes et est donc une condition pour l’exercice d’autres droits humains » (Pape François, Laudato Si, 30) ».

La CNBB déclare également que les vetos du gouvernement violent la Constitution fédérale car, « en supprimant l’obligation d’accès à l’eau potable et au matériel d’hygiène, la fourniture de lits d’hôpitaux et de soins intensifs, de ventilateurs et d’appareils d’oxygénation du sang, ainsi que d’autres aspects prévus dans la PL 1142/2020, tels que la nourriture et les secours d’urgence, les vetos violent le principe de la dignité humaine, le droit à la vie, à la santé et le droit des peuples autochtones à vivre sur leur territoire selon leurs cultures et traditions ».

Demandant une prise de position forte et définitive en faveur de la défense de la vie, la CNBB affirme qu’elle exercera sa vigilance dans l’accompagnement de ce processus et assure les membres du Congrès que « la société a besoin » d’eux.

Annie Josse
16 juillet 2020

 

CNBB : Lettre ouverte au Congrès national. Représentants des peuples indigènes devant le congrès, à Brasília.

Représentants des peuples indigènes devant le Congrès national, à Brasília.

Lettre ouverte de la CNBB au Congrès national

 

 « J’ai eu faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’ai eu soif, et vous ne m’avez pas donné à boire » (Mt 25,43)

La Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB), avec d’autres entités de la société civile, a récemment signé le « Pacte pour la vie et pour le Brésil ». Le texte déclare que nous vivons « une grave crise – sanitaire, économique, sociale et politique – exigeant de tous, en particulier de ceux qui nous gouvernent et des représentants du peuple, l’exercice d’une citoyenneté guidée par les principes de solidarité et de dignité humaine« .

Le Congrès national a joué un rôle fondamental en valorisant les initiatives luttant contre les conséquences de la pandémie, en particulier celles qui affectent directement la vie des plus pauvres, des plus vulnérables. Parmi ceux-ci, les indigènes, les « quilombolas »[1] et les communautés traditionnelles méritent une attention particulière. À Puerto Maldonado, le 19 janvier 2018, le pape François a appelé à « continuer à défendre ces frères les plus vulnérables ».

Attentive aux plus vulnérables, la CNBB a suivi l’initiative louable, ainsi que le processus d’approbation dans la législation fédérale, du Plan d’urgence pour affronter Covid-19 dans les territoires autochtones, les communautés quilombolas et d’autres peuples et communautés traditionnels (Projet de Loi nº 1142/2020). Ce texte est le résultat des efforts collectifs des parlementaires, des représentations des communautés traditionnelles et des organisations de la société civile.

Avec indignation et répulsion, la CNBB a appris, le 7 juillet, que la réaction du Président de la République au PL 1142/2020, devenu loi n ° 14 021, a été de lui opposer 16 veto. Ces veto sont éthiquement injustifiés et inhumains parce qu’ils nient les droits fondamentaux des peuples traditionnels, tels que l’accès à l’eau potable, qui « est un droit humain essentiel, fondamental et universel, car il détermine la survie des personnes et est donc une condition pour l’exercice d’autres droits de l’homme » (Pape François, Laudato Si’, 30).

Les veto du gouvernement violent la Constitution fédérale. En effet, en supprimant l’obligation d’accès à l’eau potable et au matériel d’hygiène, la mise à disposition de lits d’hôpitaux et de soins appropriés, de ventilateurs et d’appareils d’oxygénation du sang, ainsi que d’autres aspects prévus par le PL 1142/2020, tels que l’accès à la nourriture et l’assistance d’urgence, ces veto violent le principe de la dignité humaine (cf. art. 1, alinéa III), du droit à la santé (cf. art. 6 et 196) et le droit des peuples autochtones à vivre sur leur territoire, selon leurs cultures et traditions (cf. art. 231).

Le Président de la République justifie ces veto par le manque de budget, argument irrecevable compte tenu de l’approbation récente du projet d’amendement à la Constitution (PEC) 10/2020 par le Congrès national. Connu sous le nom de « Budget de Guerre », cet amendement autorise les dépenses nécessaires pour lutter contre la crise générée par la pandémie de coronavirus. Il est notable qu’un tel argument n’ait pas empêché une aide rapide aux institutions financières.

Il est donc urgent de prendre position pour la défense de la vie. Les peuples traditionnels sont confrontés depuis des mois à la pandémie, avec un nombre croissant de contaminations et de décès sur leurs territoires. Par conséquent, la CNBB demande la tenue, dans les meilleurs délais, d’une session du Congrès national afin que tous les veto sur PL 1142/2020 (loi n ° 14.021) soient analysés et annulés.La CNBB continuera de suivre ce processus avec espoir et vigilance. La mission de défense de la vie est, une fois de plus, entre les mains du Parlement brésilien. La société a besoin de vous, mesdames et messieurs.

Que le Dieu de la « vie en abondance » (Jn 10, 10) vous bénisse et vous éclaire.

Brasília, le 13 juillet 2020
(traduction Maria Mesquita Castro)

signatures

Carta-aberta-da-CNBB-ao-Congresso-Nacional

« Pacto pela vida e pelo Brasil »

 [1] Les quilombolas sont les descendants de communautés fondées par les esclaves en fuite, entre le XVIe siècle et 1888, année de l’abolition de l’esclavage au Brésil.
Pour aller plus loin sur la situation au Brésil, vous lirez avec intérêt, l'article écrit par Emanuele de Maupeou : Jair Bolsonaro, la crise du coronavirus et le chaos institutionnel au Brésil.; une lettre ouverte de Frei Betto et un article sur « le principe d’autodestruction et le combat contre la Covid-19 » (en espagnol) de Leonardo Boff.
Cette Lettre au peuple de Dieu, du 26 juillet 2020, en faveur du dialogue pour sauver la démocratie et le pays, est signée par 152 évêques brésiliens. Publiée dans plusieurs journaux, elle est en attente d'approbation par le conseil permanent de la Conférence nationale des évêques du Brésil (CNBB). Critiquant la haine répandue par le gouvernement, le mépris de la santé, de la culture, de la diplomatie, des pauvres et des peuples autochtones, elle se termine par un appel aux Brésiliens pour qu'ils se réveillent du « sommeil qui nous immobilise et ne fait de nous que des spectateurs de la réalité de milliers de morts et de la violence qui nous tourmente ».