Échos de l’ Équateur en confinement

Pierrick Van Dorpe, du diocèse de Beauvais, vit à Riobamba, dans le Chimborazo, tandis que Pierre Riouffrait, du diocèse du Puy, vit à Guayaquil. Tous deux habitent des zones très touchées par le Covid. Le confinement strict est aujourd’hui levé en Équateur.

Riobamba. Échos de l’ Équateur en confinement

Marchande de fruits et légumes à Riobamba, Équateur.

Riobamba

Pierrick nous rapporte que les sorties-voiture ne sont autorisées qu’un jour par semaine en fonction de la plaque minéralogique et que l’obligation d’être chez soi à 14h laisse à peine le temps de faire les courses vu la longueur des files d’attente… Au-delà de l’anecdote, il attire également l’attention sur la situation des communautés indigènes du Chimborazo : une grande partie de leurs membres travaillent dans la région de Guayaquil, durement touchée par le Covid. La crise aidant, ces migrants rentrent chez eux…  généralement infectés. La population indigène, indique Pierrick, fait montre d’une grande solidarité.

La province du Chimborazo est celle qui compte la plus grande population indigène du pays. Et traditionnellement, les indigènes émigrent dans la province de Guayas, autrefois pour travailler dans les bananeraies et les plantations de café ou dans les ports, aujourd’hui pour des travaux agricoles ou pour faire du commerce alimentaire à Guayaquil, sa capitale. On estime à environ 200 000 le nombre des migrants venant du Chimborazo, indigènes et métis.

Selon la presse locale, nous dit Pierrick, depuis que l’épidémie de Covid s’est déclarée à Guayaquil, beaucoup cherchent à rentrer dans le Chimborazo pour ne pas mourir sur place et finir dans les fosses communes que l’on a vues à la télévision, ou veulent aussi faire rentrer leurs morts pour les enterrer dans leur village… et des cercueils voyagent « clandestinement » dans des camions transportant des denrées alimentaires. Dès que la nouvelle a été connue, certains ont cessé d’acheter les fruits arrivant du Guayas par peur de la contagion.

Peur des fruits, mais aussi peur des personnes, de ceux qui sont rentrés de Guayaquil, dont on ne sait s’ils sont ou non contaminés, et qui vont vers le centre faire leurs achats, malgré les contrôles policiers.

La région du Chimborazo est qualifiée de « bombe de coronavirus » qui pourrait facilement exploser, surtout si l’on tient compte aussi de la malnutrition qui touche 44% des enfants de la province, et de la pauvreté qui touche 65% de la population.

Guayaquil

Quant à Pierre, il écrit qu’à Guayaquil la situation est catastrophique : « Les précautions face à la pandémie actuelle ont été prise très tard et les personnes infectés et décédées ont été très nombreuses : les hôpitaux, morgues et cimetières ont été débordés. De plus depuis 3 ans le système hospitalier a été réduit au minimum… pour économiser de l’argent ! C’est pour cela que vous avez peut-être vu à la TV des cercueils (certains, de carton pressé) dans la rue ou entassés dans des dépôts de fortune : avec une température supérieure à 30° dans les maisons, on ne peut garder chez soi un défunt pendant plus de 24 heures ! »

Au-delà de l’épidémie, il souligne que la situation sociopolitique est elle aussi très instable : « Le gouvernement élu pour continuer le bon travail social du précédent président (20% de moins de pauvres en 10 ans), s’est entouré de ministres et conseillers d’extrême droite et suit les consignes que lui donnent le gouvernement des Etats-Unis et le Fond Monétaire International. Depuis 3 ans, c’est le pillage organisé. Le vice-président est en prison, comme beaucoup de fonctionnaires du gouvernement antérieur. C’est la corruption généralisée, les privatisations à outrance des services sociaux (santé, éducation, Sécurité sociale…), la destruction de l’environnement… En 3 ans la pauvreté a augmenté de 15% et plus de 50 % des personnes en âge de travailler n’ont pas d’emploi salarié. »

Quel Équateur, quel monde sortira de cette crise multiforme ? À quelles prises de conscience nous conduira-t-elle ?

Annie Josse
15 mai 2020