Venezuela : appel à un changement de cap

Au Venezuela, à l’issue de leur assemblée plénière, la conférence des Évêques a publié une exhortation pastorale qui encourage chacun à s’engager pour un avenir meilleur.

Venezuela : appel à un changement de cap . «Plus de tortures». Une manifestation à Caracas contre le gouvernement Maduro, le 5 juillet 2019.

«Plus de tortures». Une manifestation à Caracas contre le gouvernement Maduro, le 5 juillet 2019.

« Le Venezuela réclame à grands cris un changement de cap »

Dieu veut pour le Venezuela un avenir d’espérance, proclame l’exhortation pastorale de la Conférence des Évêques Vénézuéliens (CEV) publiée à l’issue de leur assemblée plénière de juillet 2019. Ils y analysent la réalité vénézuélienne de ces dernières années, aggravée par la crise et l’émigration de millions de personnes, citant le rapport du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme du 4 juillet. L’ONU y avertissait que « depuis plus d’une décennie, le Venezuela a adopté et mis en œuvre une série de lois, de politiques et de pratiques qui ont restreint l’espace démocratique, affaibli les institutions publiques et miné l’indépendance du pouvoir judiciaire », permettant ainsi au gouvernement de « commettre de nombreuses violations des droits humains ».

Elle souligne également qu’il y a des raisons de croire que les forces de sécurité ont commis des « exécutions extrajudiciaires » contre des manifestants, ainsi que des détentions arbitraires, des tortures et des mauvais traitements.

« Un exemple de ces violations de l’État de droit sont les actions récentes des organes de l’État qui ont conduit à la mort du capitaine de corvette Rafael Acosta Arévalo et à la perte de la vision du jeune Rufo Chacón, des événements déjà fermement condamnés par la Commission Justice et Paix de cette Conférence », déclare la CEV.

Le document met également en garde contre « l’exode de plus de 12% de la population vénézuélienne », estimée à 32 millions d’habitants, dû « à la situation politique, à l’appauvrissement de la classe moyenne et au mépris des pauvres ». « Toute une génération d’enfants n’ont pas vu leurs parents depuis des mois », affirme-t-il.

Face à cette crise, à la détérioration morale de la société, à la violence, au mensonge, à la corruption, à l’irresponsabilité et au désespoir, les évêques rappellent la nécessité d’un changement profond qui nécessite la sortie du régime actuel et l’élection d’un nouveau président : « Face à la réalité d’un gouvernement illégitime et défaillant, le Venezuela réclame un changement de cap, un retour à la Constitution. Ce changement exige le départ de ceux qui exercent illégitimement le pouvoir et l’élection, dans les plus brefs délais, d’un nouveau Président de la République ». Et d’ajouter que, pour que les élections soient libres, « un nouveau Conseil électoral national impartial », la supervision d’organisations internationales telles que l’ONU, l’OEA et l’Union européenne, la cessation de l’Assemblée nationale constituante établie par le régime de Maduro, entre autres mesures, sont des conditions indispensables.

Ils réclament également l’entrée massive et la distribution de nourriture et de médicaments pour venir en aide à la population, affectée depuis plusieurs années par la pénurie. Ils indiquent que l’Église, à travers ses institutions, « renouvelle son engagement à participer, avec d’autres organisations, à la réception et à la distribution de cette aide humanitaire ».

Les évêques rappellent à la Force armée nationale bolivarienne, à la police et au ministère public leur devoir « d’agir dans le respect de la justice et de la vérité, et non au service de la partialité politique ».

Pour contribuer au renouveau national, la CEV déclare réitérer « notre engagement, en tant qu’Église, à continuer à renforcer la foi en Jésus-Christ qui guérit et libère, et à apporter l’espérance à notre peuple, par le développement de programmes de formation et d’organisation qui permettent la défense des droits humains, le rétablissement des institutions démocratiques et la reconstruction pacifique du pays ».

Les évêques remercient les prêtres, religieux et laïcs qui s’efforcent de « garder vivante l’espérance et d’approfondir l’évangélisation du peuple vénézuélien », ainsi que de prendre soin des plus vulnérables. Ils expriment également leur gratitude au Pape François pour son soutien et aux pays qui accueillent les migrants vénézuéliens.

Enfin, ils réitèrent l’appel à continuer à prier pour le Venezuela « et à travailler avec confiance pour le bien-être de notre pays : Dieu est notre secours ! Nous demandons l’intercession de Notre Dame de Coromoto pour cette noble cause ».

En parallèle, les négociations ont repris à La Barbade entre le gouvernement et l’opposition sous les auspices de la Norvège.

Texte de l’exhortation pastorale (en espagnol)

 

Annie Josse
Juillet 2019