Position des évêques du Brésil sur l’élection présidentielle

Le second tour de l’élection présidentielle aura lieu au Brésil le 28 octobre 2018, en même temps que des élections générales. Cette élection est marquée par une polarisation forte entre un candidat traditionnel de gauche et un candidat d’une droite extrême. Marquée aussi par une rhétorique de la violence et de fausses informations.
Jair Bolsonaro, candidat du Parti social-libéral, est arrivé en tête du premier tour, avec 46% des voix devant Fernando Haddad (29% des voix), du Parti des travailleurs en remplacement de l’ancien président Luiz Inácio Lula da Silva, grand favori de l’élection mais condamné à une peine d’inéligibilité.
Le scrutin est principalement marqué par l’ascension de Bolsonaro, qui suscite de vives controverses dans le pays par ses propos violents, anti-féministes, homophobes, nostalgiques du régime issu du coup d’État militaire (1964-1986) maniant facilement des informations manipulées. Mais contrairement à ses modèles (Trump ou Dutertre), son idéologie est très libérale en matière économique. Les affaires de corruption dans le pays ont discrédité les partis traditionnels qui ont vu leur score diminuer de beaucoup.
Voici la position des évêques catholiques du pays, par la bouche du secrétaire général de la Conférence des Évêques du Brésil (CNBB).

Antoine Sondag,
octobre 2018

Elections-Brésil-2018

Fernando Haddad (PT), Don Leonardo Steiner (CNBB) et Jair Bolsonaro (PSL)

La conférence épiscopale brésilienne demande aux catholiques d’élire les candidats favorables à la démocratie

 

Après avoir publiquement pris position, au premier tour des élections générales, contre les discours de haine et de violence, la CNBB demande aux électeurs catholiques de choisir, lors du second tour, des candidats qui aideront à préserver et non à détruire les systèmes démocratiques.

Lors d’une interview donnée à UOL (Universo Online), ce lundi (8 octobre), le secrétaire général de la CNBB et Evêque auxiliaire de Brasilia, Don Leonardo Steiner, a affirmé que ce sujet peut être abordé par les prêtres lors des célébrations religieuses, à condition de respecter la loi qui leur interdit de prendre position pour tel ou tel autre candidat lors de celles-ci.

« Les prêtres ne peuvent pas, de par la loi, se prononcer pour l’un ou l’autre des candidats, mais ils peuvent parler de l’importance de préserver la démocratie », a-t-il déclaré. « Cependant celui qui guide les prêtres dans les paroisses c’est l’évêque lui-même », a-t-il souligné.

« Que les catholiques soient attentifs, les candidats prêchent-ils pour plus ou moins de démocratie ? »

Mgr Steiner a évité de prendre position sur la polarisation découlant de la bataille entre Jair Bolsonaro (PSL) et Fernando Haddad (PT), candidats de partis idéologiquement opposés.

« Nous avons deux candidatures pour la Présidence de la République, mais nous sommes en faveur de la démocratie. Ce que nous demandons c’est que les électeurs catholiques soient attentifs, les candidats prêchent-ils pour plus ou moins de démocratie, recherchent-ils un vivre ensemble fraternel basé sur l’éducation, le respect et la justice sociale ou pas ? », a-t-il déclaré.

« Nous ne pouvons pas voter le cœur rempli de haine, ni penser que allons changer le Brésil d’un jour à l’autre : il n’existe pas de sauveur de la patrie, mais une démocratie qui a besoin d’être constamment édifiée », affirme le religieux. Il ajoute : « Comme chrétiens, nous sommes des personnes d’espérance, et les personnes d’espérance vont construire la démocratie. »

Le secrétaire général de la CNBB a aussi souligné qu’il était très important que les élus soient sous la surveillance des électeurs et d’entités sociales reconnues, que leur mandant soit exécutif ou législatif. Il a par ailleurs critiqué l’avalanche de fausses informations propagées lors du premier tour de la campagne et dit espérer, à ce stade, « moins de fausses informations et plus de vraies informations » – surtout à travers « un débat plus abouti » des propositions des candidats.

Nous ne pouvons pas voter le cœur rempli de haine

Interrogé sur le profil plus conservateur des assemblées législatives, Mgr Steiner a résumé : « Nous allons devoir attendre le résultat du second tour et voir comme évoluent les forces politiques, pour alors voir si ce renouvellement est une bonne chose ou pas. Mais je crois que nous commettons une erreur : nous parlons très peu du Sénat et des Chambres et nous concentrons beaucoup sur les candidats à la Présidence de la République.»

Vendredi (5 octobre) lors du premier tour des élections, dans une déclaration de la CNBB, le secrétaire général alertait : « Nous ne pouvons pas nous contenter de répéter des propos de tribune, nous devons réaffirmer des orientations de fond … C’est pourquoi nous devons faire le bon choix. Voter pour des personnes prêtes à débattre sur les problématiques du Brésil comme l’éducation, l’environnement, la santé, le vivre ensemble. Voter pour des personnes présentant des projets qui aideront à bâtir un Brésil pour tous »

 Les évangéliques avec Bolsonaro

Si l’Église catholique n’a officiellement apporté son soutien à aucun des candidats à la présidentielle, une partie des évangéliques, surtout les néo-pentecôtistes, ont passé un accord avec Bolsonaro avant même le premier tour des élections dimanche (6 octobre). Fin septembre, par exemple, le leader de l’Église universelle du règne de Dieu, Edir Macedo, a annoncé son soutien au capitaine de l’armée en retraite.

Quelques jours après, Bolsonaro a donné une interview à TV Record, de Macedo, diffusée à la même heure que le débat de tous les candidats à la présidentielle sur TV Globo – auquel Bolsonaro a refusé de participer pour des raisons médicales.

Traduction Maria Mesquita Castro

Sur le sujet, on lira aussi Jaïr Bolsonaro. Les habits neufs du populisme ? et Bolsonaro : les évangéliques au pouvoir ?