Amazonie : Nouveaux chemins pour l’Eglise et pour une Ecologie intégrale

Le document de travail ( Lineamenta) pour le synode sur l’Amazonie a été publié par le secrétariat du synode le 8 mai 2018. Ce synode se tiendra en octobre 2019.

Amazonie : de nouveaux chemins pour l'Église et pour une Ecologie intégrale. Synode Amazonie

Amazonie : de nouveaux chemins pour l’Église et pour une Ecologie intégrale

Synode sur l’Amazonie : le document de travail

 

Sept points d’attention, par Antoine Sondag.

  1. Ce 8 juin, le secrétariat du synode à Rome a publié le document de travail (appelé aussi Lineamenta) pour le synode sur l’Amazonie qui se tiendra en octobre 2019. Le titre du document est « Nouveaux chemins pour l’Eglise et pour une Ecologie intégrale ».

On se souvient de la méthodologie d’un synode : un document de travail est publié par le secrétariat du synode (15 mois avant le synode) qui donne lieu à une vaste consultation des Eglises locales, des conférences épiscopales, parfois des fidèles baptisés qui veulent bien se saisir du sujet. Les réponses sont synthétisées par le secrétariat du synode qui les publie sous le nom de Instrumentum laboris (publié 4 mois avant le synode). Ce dernier document sert de base de travail aux évêques réunis en synode à Rome pour deux ou trois semaines. Les évêques sont des délégués (élus) des conférences épiscopales, plus un contingent de personnes directement nommées par le pape.

Le titre du synode indique clairement que ce synode doit traiter à la fois de questions concernant l’Amazonie (économie, social, écologique, anthropologique, développement humain et politique, etc) et aussi de questions concernant l’Eglise catholique (remédier à la faible présence de l’Eglise dans cette zone, selon le document…).

2. Le document est court, une vingtaine de pages : c’est dire qu’il ne préjuge pas des résultats. La méthodologie inductive, adoptée dans le document, se reflète dans le plan du document : voir/juger/agir. La méthode inductive est assumée explicitement (voir l’introduction) : la réflexion part de l’observation du terrain, il faut écouter ceux qui vivent ces réalités sur le terrain, et donc les rencontrer… Le document appelle une démarche participative : il se conclue par 30 questions.

3.Ce document est une illustration de l’intuition centrale de l’encyclique Laudato si : le cri des pauvres et le cri de la nature ne sont qu’un seul cri. Le mépris de l’environnement naturel et le mépris à l’égard du développement social des pauvres constituent une seule et même attitude qu’il faut combattre. Le paradigme d’un développement authentique, de tous les Hommes et de tout l’être humain, est repris ici sous le nom d’écologie intégrale.
Ces quelques lignes peuvent servir de résumé du document pour ceux qui en cherchent un.
On retrouve les insistances du pape François qu’il décline dans ses divers discours : contre une culture du déchet, contre l’extractivisme (considérer la planète comme un trésor que l’on peut piller à son bénéfice)… Positivement : pour une culture de la rencontre, pour la prise en compte de tous les aspects (tout se tient) d’une problématique ce qui aboutit à une harmonie multiforme. Pour un changement des modèles de développement économique, ce qui implique une conversion personnelle et collective, une conversion des personnes, des mentalités et des cultures, pour aboutir à un nouveau modèle de vie en commun désigné ici comme la sobriété heureuse.

4. Si l’on s’intéresse à ce que le document dit du développement… on remarquera les points suivants. Le vocabulaire du développement n’est pas absent. Le document cherche toujours la compatibilité des exigences écologiques et des exigences sociales (le développement des pauvres). La catégorie d’écologie intégrale est souvent utilisée pour désigner ce « modèle » de développement qui n’en est pas vraiment un. On parle aussi bien de droit au développement, de développement social et culturel, de protection des éco-systèmes, des populations, des cultures, sans que cela implique de mettre l’Amazonie sous une cloche, puisque le texte aborde aussi les questions soulevées par les nombreux migrants et habitants des grandes villes (&2) qui se trouvent aujourd’hui en Amazonie. Le document ne craint pas d’utiliser des mots ou des concepts qui sont parfois politiquement assez chargés : le bien vivre (&6), le droit au développement (&5), le consentement préalable, libre et informé des populations locales (&5) avant tout projet d’infrastructure ou d’investissement… La protection des populations indigènes en isolement volontaire (&4) est une expression promue par le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Droits de l’Homme… On le voit : le document reprend sans réticence des mots et des catégories développés par diverses agences de l’ONU, par le débat public international, par les ONG…

5. Parmi les points à voir en Amazonie, ce que l’on peut entendre si l’on prête l’oreille aux catholiques qui vivent là… il y a la faible présence de l’Eglise dans cette zone, le manque de prêtres, la rareté de la célébration de l’Eucharistie pour des communautés isolées… (&11). «… la plainte de milliers de communautés privées d’Eucharistie dominicale pendant de longues périodes… ». Faible présence d’Eglise par rapport à l’immensité du territoire et à la diversité culturelle (&14). Il faut donc « évaluer et repenser les ministères nécessaires aujourd’hui pour répondre aux objectifs d’une Eglise avec un visage amazonien… quel type de ministère pourrait être conféré aux femmes… promouvoir un clergé autochtone et natif de ce territoire… repenser de nouveaux chemins pour que le Peuple de Dieu ait plus fréquemment un meilleur accès à l’Eucharistie… » (&14).
Il est probable qu’en Europe, on retiendra surtout ces passages du document de travail, en estimant qu’ils ouvrent des pistes pour l’ordination d’hommes mariés, ou pour une forme de diaconat pour les femmes.

6. Ce document se caractérise par le croisement de réflexions sur la protection de l’environnement (la forêt amazonienne comme poumon de la planète) et la promotion de populations indigènes très diverses et très fragiles anthropologiquement. Ces problématiques sont celles de toutes les zones de forêts primaires sur terre : l’Amérique centrale, le bassin du Congo, les îles du Sud-est asiatique (Bornéo et îles voisines). Pourquoi se concentrer sur l’Amazonie ? parce que les structures de l’Eglise catholique dans cette zone ont plus d’habitude et de tradition de travailler ensemble, de réfléchir aux enjeux, qui sont à la fois sociaux et ecclésiaux. Voir la Conférence des Evêques du Brésil et sa commission pour les affaires « indigénistes » CIMI. Et surtout le REPAM, réseau ecclésial pan-amazonien en collaboration avec le CELAM, la CLAR, Caritas-Amérique latine…. Il s’agit d’un bel exemple de coopération entre diverses instances de l’Eglise qui accomplissent leur mission : « la louange de Dieu qui s’accompagne nécessairement de la pratique de la justice en faveur des pauvres » (&11).

7. On rappelle ici qu’un département/diocèse français participe pleinement aux problématiques de l’Amazonie : la Guyane, le diocèse de Cayenne. Mgr Lafont vient d’ailleurs de publier une lettre pastorale sur ces questions : La terre crie … les pauvres crient.

 

Lineamenta

Sur ce sujet, on lira les interventions concernant le synode lors de la journée Amérique latine à la CEF .

 

Antoine Sondag,
11 juin 2018