Soudan : réforme du code pénal

Le Soudan est-il en train de prendre la voie de la normalisation ? Le pays vient en effet d’abolir la peine de mort pour apostasie (renonciation publique à une doctrine ou une religion) qui touchait les musulmans désireux de changer de religion ou les chrétiens refusant de se convertir à l’islam.

Campagne d'inscription sur les listes électorales pour voter au référendum. Soudan : réforme du code pénal

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Selon l’ancienne loi pénale de 1991, l’apostasie était punie par la lapidation à mort. Un des cas les plus médiatisés fut en 2014 celui de Meriam Yehya Ibrahim, une soudanaise enceinte, condamnée à mort par pendaison pour avoir épousé un chrétien. Elle avait finalement été libérée et avait quitté le pays suite à l’énorme pression internationale exercée sur le régime de l’ancien président Omar el-Béchir. Celui-ci est maintenant poursuivi pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre après sa chute en avril 2019. Sous l’impulsion d’el-Béchir, la loi islamique imposée au pays en 1983 avait été renforcée. Le gouvernement de transition qui lui a succédé prend une série de mesures dont l’actuel ministre de la justice, Nasredin Abdul Bari, a annoncé dans une interview à la télévision nationale qu’elles visaient à « garantir la liberté religieuse, l’égalité en matière de citoyenneté et l’État de droit ».

L’importation, la vente et la consommation d’alcool par les chrétiens sont également dépénalisées. Cette dépénalisation ne concerne évidemment que les chrétiens, et l’interdiction s’applique toujours aux musulmans. Un chrétien buvant de l’alcool avec un musulman pourrait être poursuivi pour complicité.

« Tous ces changements visent l’égalité devant la loi. Nous avons éliminé tous les articles qui ont conduit à une forme ou une autre de discrimination. Nous assurons la population que la réforme juridique se poursuivra jusqu’à ce que nous ayons éliminé toutes les lois qui violent les droits humains au Soudan », a ajouté le ministre. Le pays conserve toutefois la peine de mort, mais seulement pour les cas d’assassinat et « autres crimes horribles qui exigent réparation ».

Le ministre a également indiqué travailler à une nouvelle loi « qui abolira toutes les dispositions discriminatoires contre les femmes et les enfants », alors que la loi de criminalisation des mutilations génitales féminines, pratique ancestrale très répandue dans le pays, et que près de neuf femmes sur 10 ont subie, selon les Nations unies.

Annie Josse
Juillet 2020