Noël 2019 : le Tchad que nous voulons

Comme chaque année à la veille de Noël, les évêques du Tchad adressent à leurs concitoyens, croyants ou non, un message enraciné dans la situation du pays pour apporter leur pierre à la construction du pays : « Ce nouveau message – affirment-ils – veut être encore une fois la voix des sans voix et apporter notre contribution pour construire le pays dans la justice et la paix. » Constatant « les vices éthiques et politiques » qui minent la société, ils insistent sur l’importance de réagir rapidement « si nous voulons éviter de compromettre l’avenir du pays et même d’aggraver les violences qui ont surgi depuis un certain temps et menacent la paix sociale ».

2019.12.23_Afrique_Tchad_Creche-Noel. Noël 2019 : le Tchad que nous voulons

La première partie du message, intitulé : le Tchad que Dieu veut, rappelle la contribution des religions à la vie, tant des individus que des sociétés. Dieu voulant la paix pour tous, les religions ne peuvent prôner l’injustice, la violence, ou la guerre. Dieu veut la paix, et « c’est aussi cela que veut le peuple tchadien ». Citant la Constitution qui garantit les droits de chaque citoyen dans un vivre ensemble respectant les « diversités ethniques, religieuses, régionales et culturelles » pour une nation fondée sur les droits humains, la dignité de la personne et le pluralisme politique, les évêques rappellent que le bien-être des citoyens et la paix sociale sont en jeu.

Dans une deuxième partie : ce que Dieu ne veut pas, ils pointent le fait que le Tchad est classé, en termes de gouvernance, de justice et de respect des droits, de développement économique durable, non loin de la dernière place, en dépit de ses nombreuses ressources et de sa stabilité. Ils l’expliquent en quatre points : la politique vécue par le peuple comme lieu de corruption, d’enrichissement personnel, de mensonge, conduisant le pays à être un État de non-droit ; la justice, qui souffre encore de graves lacunes malgré les initiatives prises par l’État ; le fait qu’il ne peut y avoir de droits sans devoirs, même si beaucoup semblent l’oublier, y-compris en ce qui concerne la terre et les ressources naturelles ; l’éducation enfin, dont l’importance pour l’avenir d’un pays est essentielle, alors qu’au Tchad le niveau baisse, que beaucoup vont étudier en-dehors du pays et que dans les villages les infrastructures élémentaires manquent.

La troisième partie du message, chemins pour construire le Tchad, fait des propositions découlant des observations précédentes : retrouver les valeurs religieuses, base du comportement personnel, social et politique ; bâtir un État de droit pour endiguer les injustices, la corruption et la violence ; prendre au sérieux l’éducation car « nos enfants seront demain les chefs de famille et les responsables de la société », de la part de l’État – en améliorant la formation des enseignants et les structures d’accueil –, de celle des parents qui sont les premiers éducateurs et ne doivent pas abdiquer cette responsabilité, et des enseignants, qui sont appelés à être éducateurs, maitres et modèles ; instaurer une culture du dialogue, que les évêques reprennent du Document sur la fraternité humaine signé par le pape François et l’Imam d’Al-Azhar al-Sharif à Abou Dhabi, avec un appel à « dans la vie citoyenne, dans l’économie et la politique, un respect réciproque, un vrai dialogue et une vraie collaboration ».

Le message se termine par une adresse particulière aux chrétiens, en raison du rôle qu’ils ont à jouer, celui d’être des « porteurs d’espérance » dans un pays où elle disparait chez beaucoup, où il y a des raisons de se décourager. « Notre foi chrétienne et le soutien de notre communauté de croyants nous donnent une force qui nous aide à surmonter les difficultés extérieures, mais aussi nos égoïsmes. Jésus, notre Maître et Sauveur, dont nous fêtons la naissance, n’a pas renoncé à sa mission même si cela l’a conduit à la croix car après la croix il y a la résurrection », concluent les évêques tchadiens.

Message de Noël des évêques: le Tchad que nous voulons

Annie Josse
décembre 2019