Nigeria : élections pacifiques et crédibles ?

Le 16 février 2019, plus de 84 millions de Nigérians éliront leur président de la République, en même temps qu’ils renouvelleront le Parlement. Avec une population de 190 millions d’habitants en 2018, le Nigeria est le pays le plus peuplé d’Afrique, et serait d’ici 30 ans, selon les prévisions de l’ONU, le troisième pays le plus peuplé derrière l’Inde et la Chine, avec 410 millions d’habitants. En 1950, ils étaient 38 millions…

Nigeria : pour « des élections pacifiques, libres, justes et crédibles » . Le président sortant Muhammadu Buhari et son principal adversaire Atiku Abubaka.

Le président sortant Muhammadu Buhari et son principal adversaire Atiku Abubaka.

 

73 candidats se disputent la présidence de la République, dont le président sortant Muhammadu Buhari (76 ans) et son principal adversaire le riche homme d’affaires Atiku Abubakar (72 ans), ancien vice-président. Tous deux sont originaires du Nord, selon une règle tacite au Nigeria : la présidence doit alterner tous les deux mandats entre le Nord et le Sud. Tous deux sont musulmans, l’islam étant la première religion au Nigeria, avec environ 52% de la population.

Le Nigeria est une république fédérale, avec de grandes tensions entre les 250 ethnies du pays, dont trois principales : les Haoussas dans le Nord, majoritairement musulmans, les Ibos chrétiens au Sud-Est, et au Sud les Yorubas, chrétiens pour la moitié d’entre eux et musulmans pour un quart. Quelques États du Nord du pays sont sous le régime de la charia, la loi islamique. C’est dans cette région, dans l’État de Borno, qu’est né le tristement célèbre groupe Boko Haram (litt. : « l’éducation occidentale est un péché »), auteur d’attentats et d’enlèvements contre les populations civiles du pays, mais aussi des pays limitrophes, Cameroun, Niger et Tchad.

L’Église catholique ne prend officiellement pas parti dans ces élections. Cependant, en avril 2018, les évêques demandaient le départ du président Buhari : « Que son échec soit dû à l’incapacité d’agir ou au manque de volonté politique, il est temps pour lui de choisir le parti de l’honneur et d’envisager sa démission afin de sauver le pays d’un effondrement total », disaient-ils dans une lettre commune à la suite de la mauvaise gestion à la fois de la crise Boko Haram et de celle des conflits entre agriculteurs sédentaires et éleveurs nomades, qui eux aussi font de nombreux morts dans le pays.

Le 12 février 2019, soit quelques jours avant le scrutin présidentiel, les évêques affirmaient dans un communiqué de presse : « Les élections nous donnent l’occasion d’évaluer ceux qui veulent nous gouverner. Nous devons donc réfléchir très attentivement, car l’élection de nos dirigeants s’accompagne d’obligations et de responsabilités morales. Nous appelons nos concitoyens à mettre le cynisme de côté et à aller voter le jour des élections, guidés par leur conscience ». Ils appellent également les candidats à être des « témoins efficaces de la vérité et de la lumière pour le bien commun », ou à se retirer.

La déclaration : « Élections générales de 2019 : l’Église catholique reste apolitique », signée en décembre 2018 par le Secrétaire général au nom de la Conférence épiscopale, à la suite d’un incident entre un prêtre et un candidat, mettait les choses au point : « L’Église catholique au Nigeria, comme l’indiquent clairement les directives du 7 août 2018, reste apolitique et ne soutient ni ne souscrit aucun parti politique. Nous nous préoccupons d’un processus électoral pacifique considéré comme libre, équitable, crédible et juste, et d’une gouvernance démocratique qui garantit la paix, la justice, l’équité, le développement et la liberté religieuse pour le bien commun de tous ».

Apolitique et donc n’appelant à voter pour aucun candidat en particulier, l’Église au Nigeria fait le constat des défis posés dans le secteur de l’éducation, de l’insécurité pour les vies humaines et pour les biens, de l’accroissement de la pauvreté. C’est au nom du peuple nigérian affronté à ces défis qu’elle appelle à voter pour « un candidat dont vous pensez qu’il dispose de bonnes qualités et de la capacité de défendre, améliorer et ajouter de la valeur à votre vie et à votre dignité » (Mgr Augustine Obiora Akubeze, archevêque de Benin City et président de la Conférence des évêques catholiques du Nigeria, dans son message de Noël).

Annie Josse
14 février 2019