Synode sur la famille et diversité culturelle

La position des évêques d’Afrique sur les thèmes du synode.

La diversité culturelle est constitutive du monde actuel, c’est aussi une réalité interne à l’Eglise catholique. On se souvent de la citation fameuse de la lettre de Paul VI Octogesima adveniens (1971) : « Face à des situations aussi variées, il nous est difficile de prononcer une parole unique, comme de proposer une solution qui ait valeur universelle. Telle n’est pas notre ambition, ni même notre mission. Il revient aux communautés chrétiennes d’analyser avec objectivité la situation propre de leur pays… ».

ciric_70000Nul doute que le synode sur la famille illustrera parfaitement cette diversité culturelle du monde actuel, y compris comme réalité interne à l’Eglise catholique. La famille n’a pas le même visage sur tous les continents et ne fait pas face aux mêmes défis dans toutes les cultures.

On en veut pour preuve le document que viennent de faire paraitre les évêques africains réunis par le SCEAM (Symposium des conférences épiscopales d’Afrique et Madagascar) pour préparer le synode. Cette synthèse est datée de septembre 2015.

On fera ici quelques remarques introductives à la lecture du document du SCEAM qu’on trouve ici en annexe. Ce document fait une petite centaine de pages.

  1. Diversité culturelle. Le SCEAM prend au sérieux cette réalité de la diversité. Il indique ce qui importe aux évêques africains … et ce qui importe moins. Il dit très clairement, tel point n’est pas un problème en Afrique, telle revendication n’est pas exprimée en Afrique ! La publication de ce document du SCEAM répond sans doute implicitement à la critique entendue parfois que le synode de 2014 sur le même thème de la famille était trop européo-centré ou trop occidentalo-centré. On notera aussi que les Conférences épiscopales d’Europe (CCEE ou COMECE) n’ont pas cru utile de publier un point de vue européen sur les thèmes du synode.
  2. Méthode. Le document du SCEAM (tout comme les documents préparatoires du synode) utilise une méthode inductive : on commence par analyser la réalité des familles sur le continent africain. Les points d’insistance sont les suivants : la dimension économique des familles, avec un accent mis sur la pauvreté ; le veuvage ; les migrants ; la polygamie ; le mariage par étapes… Cet enracinement dans une réalité africaine se manifeste aussi par les citations nombreuses des documents finaux des deux synodes consacrés à l’Afrique (1994 et 2009).
  3. La mise en exergue de la « pédagogie divine » comme dit le document du SCEAM est sans doute une manière de ne pas se laisser enferrer dans les débats autour de la gradualité de la loi, mais d’en sortir par en haut, en prenant en compte et en valorisant les réalités anthropologiques de l’Afrique. Sans transiger sur la loi de l’Eglise, le document préconise une attitude pastorale faite de dialogue, de compassion et de conversion. Le document fait référence à l’expérience des CEV (Communautés ecclésiales vivantes, variété africaine des Communautés ecclésiales de base).
  4. Points d’intérêt et de préoccupations. Les points qui ont occupé la presse française sont largement minorés, au moins par l’attention que les évêques africains leur portent. L’accès aux sacrements pour les divorcés remariés ne mérite que quelques lignes dans le document. De même que l’homosexualité, dont on dit que ce n’est guère un sujet pour les sociétés africaines, ou bien que la gestion de cette question se fait de manière « discrète ». Il n’y a pas de revendication pour un mariage d’homosexuels en Afrique, dit le texte, pas non plus de provision en ce sens dans une législation nationale (excepté l’Afrique du sud).
  5. Contre l’impérialisme. A plusieurs reprises, le document s’insurge contre les pressions d’institutions internationales ou d’ONG qui voudraient imposer à l’Afrique des valeurs étrangères à sa culture, dit le texte. Et cela touche la « santé reproductive », expression qui est critiquée, ou bien les incitations à des politiques en faveur de la contraception ou l’avortement, ou encore les pressions pour modifier la législation et prévoir un mariage entre personnes de même sexe… fortes critiques anti-occidentales, anti-impérialistes. A l’aide de promesses ou de pressions financières, l’Afrique devrait modifier sa législation et donc aussi sa culture. Des accents anti-impérialistes qui peuvent surprendre dans un texte d’évêques !

Antoine Sondag,
octobre 2015

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