Le jour d‘avant et le jour d’après !

La pandémie du coronavirus s’est installée dans notre pays. Nous vivons confinés. Tout tourne au ralenti. Le télétravail s‘est installé pour ceux qui le peuvent. Les déplacements sont drastiquement limités, les relations sociales aussi. On expérimente de nouvelles manières d’enseigner (ma classe à la maison), de travailler, de se distraire (?), de parler (ou non) à ses voisins, d’entretenir les relations familiales, de vivre en Église (ma paroisse à la maison) … Allons-nous expérimenter de nouvelles relations à nous-mêmes ? De nouvelles relations au temps qui est le nôtre ou à l’espace que nous parcourons ?

Mona. Le jour d‘avant et le jour d’après !

Face à cette expérience collective de la vie au temps du coronavirus, à cette épreuve collective, chacun de nous adopte l’une ou l’autre des trois attitudes décrites ci-dessous. Chaque attitude est ici simplifiée ou caricaturée… sans doute adoptons-nous chaque attitude successivement, ou simultanément, à chacun de se reconnaitre dans cette typologie.

Première attitude : le repli sur soi. Face à la difficulté ou à l’épreuve, on cherche à s’en sortir. Il faut traverser ces temps difficiles. Cela ne durera qu’un temps. On cherche les bons plans, les astuces… J’ai pu partir à temps de Paris, c’est moins désagréable d’être confiné chez ma grand-mère ou dans ma maison de campagne… qu’à Paris. Ou encore : les autres ne pensent qu’à eux, ils ont vidé les rayons du supermarché, il n’y a plus d’œufs, ni de savon… moi-aussi, je vais faire des stocks, on ne sait jamais. C’est ainsi que les consommateurs créent les pénuries qu’ils dénoncent. Vivre ainsi le repli sur soi, ce n’est pas loin d’un repli sur la défense de ses propres intérêts, d’un « moi d’abord ». Une addition d’égoïsmes ne permet pas de surmonter une crise.

Deuxième attitude : traverser la crise. Faire le dos rond. Attendre que cela passe. Et on reprendra la vie normale après. L’épreuve n’est que passagère, elle va durer un mois sans doute. Mi-avril, ce sera le printemps, on ira se promener, on invitera des amis. On fera en juin le voyage à Rome ou qu’on avait programmé et qu’on n’a pas pu s’offrir. Un moment difficile à vivre, et tout repartira comme avant ! Cette détermination, cette opiniâtreté, cette volonté farouche n’empêche d’ailleurs pas d’être solidaire : j’ai mis un mot dans les boites aux lettres de mon immeuble, si quelqu’un a besoin d’aide pour faire les courses ou aller à la pharmacie…

Troisième attitude : nous sortirons de la crise, mais transformés. Rien ne sera comme avant. Rien ne doit être comme avant. Individuellement et collectivement. Il ne s’agit pas que le jour d’après soit comme le jour d’avant. Il faut tirer les leçons de ce qui nous arrive collectivement. Et donc, mettre à profit ce temps de retrait, de retraite, de réflexion qui nous est imposé, pour réfléchir à ce qui nous arrive, à ce qui doit changer. Pour éviter que des entreprises fassent faillite, que des salariés soient au chômage, il faut envisager des nationalisations ! Qui dit cela ? des hommes politiques plutôt de droite, plutôt libéraux. On envisage allègrement d’augmenter le déficit budgétaire. Pour ces circonstances exceptionnelles, on prend des mesures exceptionnelles (banque centrale européenne). Ah bon ? Et la lutte contre la pauvreté sur le plan mondial, et la lutte contre le changement climatique, est-ce exceptionnel aussi ? La crise du coronavirus aura permis de transgresser quelques tabous, de déplacer quelques lignes de fracture politique ou politicienne.

Ces exemples sont pris dans le domaine politique, au sens étroit du mot. On pourrait et on devait multiplier ces exemples. Dans tous les domaines. Ce que le coronavirus a rendu possible, du télétravail à des mesure nouvelles de solidarité, est-ce généralisable en temps habituels ? La crise que nous traversons avec cette pandémie doit nous donner à penser, elle nous donne l’occasion et le temps de réfléchir, de remettre à plat nos certitudes et nos convictions. Pour envisager un avenir différent. Pour changer. Pour ne pas repartir comme avant, surtout pas dans nos aveuglements et nos erreurs. Pour que le jour d’après ne soit pas comme le jour d’avant.

Antoine Sondag,
confiné à Villejuif (Val de Marne)