De l’envoi à l’échange, nouvelles perspectives missionnaires : les textes

« De l’envoi à l’échange : nouvelle perspectives missionnaires » était le thème de la journée d’étude organisée par le Service National de la Mission universelle, le 2 octobre, à la Conférence des Évêques de France, qui a réuni une cinquantaine de participants.

De l’envoi à l’échange Nouvelles perspectives missionnaires. Les participants Les participants à la journée d'étude "De l'envoi à l'échange, nouvelles perspectives missionnaires"

Les participants à la journée d’étude « De l’envoi à l’échange, nouvelles perspectives missionnaires »

En s’appuyant sur les textes et discours du pape François, qui ne cesse d’insister sur la vocation de tout baptisé à devenir « disciple-missionnaire » – il le redit encore éloquemment dans son message pour la Journée Missionnaire Mondiale du 20 octobre 2019 – il est essentiel de redéfinir le sens de la mission et de poser les nouvelles  orientations et actions  missionnaires qui émergent dans les diocèses de France, suite à leur démarche synodale ces dernières années (volontariat, jumelage, paroisses multiculturelles…).
De nouvelles questions apparaissent : la distinction entre  « mission ici » et « mission au loin » reste-t-elle pertinente ? Comment annoncer l’Évangile dans des cultures qui évoluent si rapidement sous l’action d’internet, des réseaux sociaux etc…

Programme de la journée

Dépliant de présentation de la journée

 

En préambule de la journée, Mgr Laurent Dognin, évêque du diocèse de Quimper et Léon et président de la Commission Épiscopale pour la Mission Universelle de l’Église (CEMUE) a rappelé que la notion même de mission avait été bouleversée et qu’il est important que chaque Église particulière ne se referme pas sur elle-même car nous avons besoin d’altérité, besoin d’être bousculés. C’est la richesse d’une Église catholique animée par des échanges qui vont dans les deux sens.

Après un temps de prière, le thème de la journée a été introduit par Catherine Marin (Directrice-adjointe de l’Institut de Science et de Théologie des Religions (Theologicum) qui, ayant remis la lettre apostolique Maximum Illud de Benoît XV dans son contexte historique, nous a expliqué pourquoi le pape François a choisi pour le mois missionnaire extraordinaire d’octobre 2019 ce texte qui reste actuel, mettant en exergue la responsabilité missionnaire de chacun, le rôle de l’Église envoyée par le Christ pour manifester et communiquer Dieu à tous les hommes et à toutes les nations.

Introduction à la journée par Catherine Marin

Sr Marie Hélène Robert, provinciale de la Congrégation Notre-Dame des Apôtres et missiologue, a réfléchi avec nous à comment penser évangélisation et témoignage commun comme rempart au prosélytisme, avec la difficulté parfois à trouver une frontière entre zèle missionnaire et prosélytisme, frontière mouvante notamment dans Maximum Illud.

Zèle missionnaire ou prosélytisme : une frontière mouvante ?

En début d’après-midi, les participants à la journée d’étude étaient invités à rejoindre l’un des quatre ateliers proposés permettant l’illustrer l’idée centrale de la journée à savoir : un changement de paradigme missionnaire déjà à l’œuvre, passer de l’idée de mission-envoi à l’idée de mission-échange. Diverses « initiatives missionnaires » illustrent ce changement.

Retour des travaux en ateliers

 

Pour finir cette journée d’étude, il a été demandé aux participants de communiquer à tous l’idée, la perspective, l’intuition nouvelle qu’ils avaient envie de partager :

  • La mission nous oblige à avoir deux foi ; la foi en Dieu et la foi en l’homme. Sans foi en ses frères humains, il n’est pas possible de proposer l’évangile.
  • Nous sommes tous habitants de la même maison commune. Cette réalité de la fraternité nous devons la vivre, pas seulement le dire.
  • Nous sommes dans un monde christianisé endormi qui ne demande qu’à être réveillé. Ce réveil se fait à travers des mots très simples qui font résonner une attache à l‘Église.
  • Mission vue comme un échange dans lequel celui qui reçoit et celui qui arrive font chemin ensemble, sans prétention d’avoir la vérité absolue, sous la conduite de l’Esprit.
  • Le zèle apostolique est une notion plus positive dont le Christ est le modèle. Trois mots clés à retenir : proximité, rencontre de personne à personne et le faire ensemble.
  • Mots importants : sortir de soi et aller à la rencontre de l’autre, réciprocité, prosélyte dans le sens de celui qui vient s’ajouter.
  • Humilité ; difficulté à être et rester disciple du réel qui peut être très déroutant ; très bousculant ; importance du discernement et du réalisme ; accueil du mystère de l’autre.
  • Les missionnaires ne sont pas des professionnels de la mission, ils travaillent pour la Cité Céleste ; importance de la formation de ceux qui arrivent et de ceux qui accueillent.
  • Partout des groupes gardent la confiance en Dieu de façon modeste sans esprit « conquérant », un tissage se fait qui ne se voit pas forcément.
  • La réflexion et l’action missionnaire ne sont plus limitées aux prêtres et à quelques personnes. La mission aujourd’hui se fait en communion avec les autres églises qui se réclament du Christ. La dimension œcuménique est source de vitalité.
  • La formation : se préparer à être ou à partir en mission. Chaque baptisé étant missionnaire, il faut prévoir une formation pour chacun, par rapport aux réalités humaines que nous sommes amenés à côtoyer, par rapport à l’œcuménisme.
  • Marche en avant dans l’Église, ensemble dans nos diversités et dire merci à Dieu pour ce qui est donné par l’autre.
  • Un peu d’inquiétude car, aujourd’hui, comment concilier tous ces besoins définis (formation, discernement, respect, humilité, …) avec la passion de la mission ? Ne pas renoncer à cette passion mais être capable de ne pas être dans une logique de prosélytisme.

En conclusion de cette journée, Mgr Laurent Dognin a souhaité partager trois réflexions avec les participants :
le mot mission n’est-il pas mal compris aujourd’hui ? Après avoir été abandonné pendant un certain temps car le mot évoquait certaines réalités douloureuses, le mot « mission » a été repris mais avec un contenu différent. Aujourd’hui, nous sommes tous disciples-missionnaires. La mission n’est plus ad gentes ni ad extra, c’est vraiment un échange. L’expérience vécue actuellement est très belle.
nous sommes en mission dans nos propres diocèses. Les échanges sont nécessaires pour sortir du « on a toujours fait comme ça chez nous », se faire bousculer par une autre expérience d’Église pour nous réveiller.
Le prosélytisme ce n’est pas une conquête de terrain mais une proposition de salut. Le Christ est venu pour sauver les hommes, tous les hommes.

 

Maria Mesquita Castro
Octobre 2019