Journée Afrique 2018 : les textes

Le 11 juin 2018 a eu lieu la première édition de la Journée Afrique – il y en aura d’autres ! – organisée par le Service de la Mission Universelle. Elle a rassemblé 85 personnes, sur le thème de l’engagement de l’Église dans les transitions démocratiques en Afrique. Le Père Pierre-Yves Pecqueux, secrétaire général adjoint de la CEF, l’a ouverte en rappelant que nous ne pouvons passer à côté des enjeux pour l’Église, pour l’Afrique et pour le monde, et en nous invitant à nous nourrir pour repartir avec un souffle à transmettre.

Journée Afrique 2018 : les textes. Laurent Duarte, Maria Biedrawa , P. Antoine Sondag, P. Joseph Tanga-Koti et P. Rigobert Minani

Laurent Duarte, Maria Biedrawa , P. Antoine Sondag, P. Joseph Tanga-Koti et P. Rigobert Minani

 

Nous étions appelés durant toute la matinée à écouter quatre intervenants, divers par leurs engagements, qui nous ont donné des informations, des clés de compréhension et des pistes d’action.

Le premier intervenant, le Père Joseph Tanga-Koti, de la Société des Missions Africaines, est depuis 4 ans le secrétaire général de la Conférence des Évêques de Centrafrique. Il venait nous parler de la situation actuelle en République Centrafricaine et de l’engagement de l’Église dans la construction de la démocratie en RCA .  En marge de la Journée, il a également été interviewé pour le site Église catholique en France : L’Église reste la seule autorité morale.

Laurent Duarte est le coordonnateur international de la campagne Tournons La Page active dans 7 pays africains et rassemblant plus de 250 organisations, qu’il nous a présentée avant de nous parler de :  La société civile et l’Église catholique face aux régimes autoritaires en Afrique

Avec le Père Rigobert Minani, nous avons fait un parcours dans les rues et l’actualité de la République Démocratique du Congo, au cours duquel il nous a fait vivre l’engagement de l’Eglise de la RDC pour la paix et la démocratie.  Jésuite, il termine actuellement une thèse à l’Institut Catholique de Paris sur ce thème. Il a participé aux négociations entre la majorité et l’opposition dirigées par la Conférence Épiscopale nationale du Congo.

Maria Biedrawa est diacre de paix. Elle travaille en Afrique subsaharienne sur la résolution non-violente des conflits et la mise en place de dynamiques de réconciliation dans des contextes post-conflit. Elle nous a parlé sous forme de témoignage de ce qu’est la diaconie de paix.

Le début de l’après-midi a été consacré à des questions aux quatre intervenants, un temps trop court pour pouvoir exprimer toutes les interrogations qui venaient ! Elles ont porté sur la présence des sectes, l’engagement des laïcs, le rôle de relais que peuvent jouer les congrégations religieuses, la formation nécessaire, les garanties lors des appels à manifester, l’extractivisme, les possibilités de sortie du conflit en RCA… et bien d’autres sujets qui n’ont pas pu être abordés.

Le temps de travail en groupes permettait de se poser la question : et nous, Église en France, Église de France que pouvons-nous faire ? Le temps d’échange a été riche, et a permis de dégager plusieurs axes, en soulignant de différentes manières l’importance d’être solidaires entre Églises, par la prière, le soutien à la bonne gouvernance, à la formation. Les échanges ont porté sur :

  • L’information : par le biais des médias (La Croix Africa, RFI, Pharos), des prêtres, religieuses et laïcs africains vivant en France, des jeunes qui rentrent de coopération, des volontaires en Afrique. Témoigner et faire témoigner, en protégeant les personnes qui sont sur le terrain.
  • La formation : d’abord une formation personnelle, en travaillant sur nous-mêmes dans une démarche de non-violence et dans une relation non-violente entre nous. Former les mentalités dans les paroisses. Dans les congrégations, donner des outils de formation aux jeunes sœurs africaines.
  • La sensibilisation : Sensibiliser les jeunes dans les lycées, mouvements et paroisses, à la vie ensemble : chrétiens et musulmans, chrétiens et juifs, etc… Importance du dialogue interreligieux. Et aussi jeunes français et jeunes africains ensemble. Proposer des échanges de camps d’été pour les jeunes.
  • L’interpellation : Favoriser le rôle diplomatique de l’Église de France avec les autres églises, avec le Pape qui peut influer. L’Église peut dénoncer, porter le cri qui ne peut pas être exprimé au pays. Aider à garder en France le souci démocratique. Dénoncer le manque de démocratie en Afrique mais aussi chez nous. L’Église de France devrait faire des déclarations fortes chaque fois que l’Église d’Afrique est ciblée pour afficher une solidarité internationale. Elle pourrait aussi interpeller le gouvernement sur sa politique africaine, sur une meilleure gestion des ressources naturelles et minières pour éviter des systèmes de prédation et de mal-développement en Afrique. L’Église de France doit avoir le courage de dénoncer, de parler.
  • Le travail en réseau : cultiver l’esprit de réseaux, pour que les informations puissent circuler, pour réunir les différents acteurs qui travaillent en Afrique, pour favoriser le plaidoyer. Pour mutualiser, se soutenir, pour croiser les expériences. Certaines congrégations travaillent sur des thèmes qu’elles portent au niveau européen (accaparement des terres, non-prolifération des armes, etc.) Faire remonter aux réseaux les infos de terrain et les faire redescendre vers le terrain.

Avec un appel à la vigilance en interne : l’Église peut-elle accepter des dons d’entreprises dont l’action en Afrique est contestable ?

Après la richesse des échanges en groupes, nous avons retrouvé les quatre intervenants, pour qu’ils nous disent ce qu’eux attendent de l’Église de France.

 J. Tanga-Koti nous a partagé quelques-unes des attentes de l’Église en Centrafrique.

Maria Biedrawa a interrogé les partenaires avec lesquels elle travaille en Afrique. Dans leurs réponses, ils lui parlent d’expertise en résolution non-violente des conflits, d’expertise juridique, psychologique, pour la phase dans laquelle ils se trouvent, de reconstruction humaine avec le défi de réveiller les consciences. Ils lui parlent également de leur désir de participer à des réseaux, du besoin vital de lien et d’amitié, de prier et d’agir à leurs côtés. Ils lancent un cri : ne nous oubliez pas !

Rigobert Minani nous demande de prier pour la paix. Les trois mois à venir sont d’une importance cruciale pour la RDC. Il nous demande de porter les victimes de ce qui s’y passe, de répondre, le moment venu, à l’appel de solidarité qui sera lancé. Il invite également à une action concrète : la prise en charge pour quelques jours de personnes qui ont besoin de quitter un temps l’action directe pour se refaire et repartir.

Laurent Duarte nous rappelle que l’on ne part pas de zéro et que beaucoup de choses sont déjà en route. Il insiste sur le fait que la voix de l’Église est écoutée et que les évêques peuvent porter des messages à nos dirigeants. Il appelle la CEF à se prononcer par un communiqué à chaque attaque contre l’Église en Afrique, en signe de solidarité, d’amitié, mais aussi en raison de l’impact politique.

La Journée Afrique s’est conclue par un verre de l’amitié qui a permis de prolonger les échanges, de continuer à faire connaissance, de nous redire en quoi l’Afrique nous importe. Merci à tous les participants-acteurs de la journée !

Annie Josse
SNMUE
20 Juin 2018