Dubaï : gigantisme et Eglise catholique !

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Tour Khalidja

Dubaï est l’un des sept émirats des Emirats Arabes Unis (EAU). Avec plus d’un million d’habitants, deux millions pour l’agglomération, Dubaï est la ville la plus importante des EAU. Et la plus connue et la plus flamboyante des EAU dont la capitale est Abu Dhabi. Les ressources des EAU proviennent du pétrole et du gaz.

Dubaï veut se dégager de l’image d’un Etat-coffre-fort qui vit de la rente pétrolière. Le projet de Dubaï est de se lancer dans des activités d’avenir : services financiers, transport, tourisme et « entertainment ». Dans un contexte régional assez rigoriste, Dubaï cultive une réputation de ville tolérante. On y trouve de l’alcool, des restaurants et des bars (et des prostituées).

Reconversion économique : transport aérien et shopping

L’aéroport de Dubaï sert de plate-forme de correspondance à la compagnie Emirates. Le carburant y est moins cher qu’en Europe. L’objectif est clairement d’attirer vers les compagnies du Golfe la clientèle européenne qui se rend en Asie, et réciproquement, les nouvelles classes moyennes asiatiques qui ont assez d’argent pour visiter l’Europe. Pendant l’escale technique, on incitera les voyageurs à acheter dans la zone tax-free. Voilà pourquoi l’aéroport de Dubaï est si impressionnant : par le nombre d’avions capables d’y faire escale ; par l’importance de la zone commerciale qui sert des milliers de touristes en transit. Pétrole bon marché, transport aérien et tourisme de shopping se consolident mutuellement.

Reconversion économique : tourisme

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Horaire des messes … surtout en anglais, mais aussi en diverses autres langues, y compris en français.

Il faut aussi attirer des touristes qui resteront quelques jours, et non pas simplement quelques heures. Cela passe par la construction d’une image de paradis touristique. Pour riches. Les centres commerciaux sont ultra-modernes, clairs, luxueux, climatisés (un peu trop), disposent de cours intérieures, de fontaines avec jeux d’eau, de « places de village » reconstituées où l’on peut goûter les cuisines du monde entier : Japon, Mexique, pizza et pasta, Thaïlande, Grèce… Un esprit critique fera remarquer qu’il n’y a là rien de typiquement emirati, et que ces centres commerciaux ressemblent aux zones tax free de tous les aéroports du monde. Les prix sont différents, moins élevés, et les nouvelles classes riches des pays émergents donnent parfois l’impression de confondre tourisme et shopping.

Pour attirer les touristes, il faut les épater. Cela signifie construire des bâtiments hors du commun. Aujourd’hui, Dubaï abrite l’immeuble le plus haut du monde : la tour Khalifa, avec 211 étages qui montent à 828 mètres. Voir cette tour le soir, lorsqu’elle se détache sur des jeux aquatiques est l’un des must de l’émirat.

Migrations à Dubaï

Le développement de Dubaï n’a été possible que par les travailleurs migrants. Les EAU comptent plus de 8 millions d’habitants, et plus de 85% d’entre eux sont des étrangers. Jadis, l’immigration était très spécialisée : les Indiens et Pakistanais dans le bâtiment et les travaux publics ; les Népalais dans le gardiennage et la sécurité ; la main d’œuvre féminine des Philippines comme employées domestiques. Les Américains et Européens ne se considèrent pas comme des migrants et utilisent le mot d’expatriés. A part le vocabulaire et le niveau de rémunération, il n’y a pas de différence. La hiérarchie des emplois et la couleur de la peau se correspondaient plus ou moins. Aujourd’hui, la majorité des emplois se trouve dans le secteur des services : hôtellerie et restauration, banques et assurances, transports publics (métro, bus) et commerce. Dubaï est une ville et non un chantier. Cette ville ressemble plus à New York qu’à une médina arabe. Et si médina il y a, ce sera probablement une reconstitution style Disneyland pour attirer les touristes.

Les catholiques

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Messe, avec écran de retransmission car l’église est pleine !

Si les Emiratis sont tous musulmans, il n’en va pas de même des migrants. Presque 10% de la population est constituée de chrétiens. Et il y a aussi des hindouistes, des fidèles du tao, etc… Il n’y a pas de liberté de conscience dans les EAU, pas plus qu’il n’y a réellement de liberté d’expression. Concrètement cela veut dire : le libre choix de sa religion ou la conversion sont interdits, sauf la conversion à l’islam. Mais il y a la liberté de culte : les étrangers peuvent prier, pratiquer leur culte dans des enceintes réservées à cet effet. Il y a des églises dans les EAU. Par exemple deux églises catholiques à Dubaï. Certes pas de clocher. Les offices religieux sont très suivis. Comme les EAU ont pour jours fériés le vendredi et le samedi, les catholiques se sont adaptés : les messes dominicales commencent le jeudi soir, et se célèbrent le vendredi et le samedi. Et quelques-unes le dimanche qui reste le jour de la messe hebdomadaire pour ceux qui peuvent se libérer ce jour-là. La vie chrétienne est centrée sur la paroisse et sur la liturgie dominicale. Sur place, on dira que c’est parce qu’on ne peut pas faire autrement. C’est très beau, cette vie chrétienne centrée sur l’eucharistie dominicale. Et c’est aussi assez limité.

On repère un début d’engagement dans le domaine social. L’Eglise a fait un enregistrement en douze langues sur les droits des travailleurs, et on donne cette boite vocale aux travailleurs étrangers lorsqu’ils viennent aux EAU, pour qu’ils connaissent leurs droits. Cela s’est fait en accord avec le ministère. Car les étrangers ont de droits sociaux : conditions de travail, rémunération, congés, conditions de licenciement, etc… Mais leur situation est fragilisée à cause du système de parrainage en vigueur dans les EAU : chaque étranger doit trouver un Emirati qui le parraine en quelque sorte. Ce parrainage se paie évidemment. Cette clause du droit du travail et du droit de résidence dans le pays explique en partie l’extrême richesse des nationaux et la précarité de la situation sociale et politique des travailleurs étrangers.

Les migrants sont nombreux dans les pays du Golfe. Plus de 80% de la population dans les EAU, 50% à Oman, et un grand nombre en Arabie Saoudite. Parmi eux il y a des chrétiens. Au point qu’il y a maintenant plus de catholiques dans les pays du Golfe que dans les pays « historiques » du Moyen-Orient de l’Irak au Liban. Les migrants construisent un visage différent de notre monde et de notre Eglise. Dubaï est l’un de ses laboratoires.

 

Antoine Sondag
Décembre 2015