La Turquie, présidente du G20 en 2015

Les 15-16 novembre 2015, se réunit à Antalya (Turquie) le sommet des chefs d’Etat et de gouvernement du G20. La Turquie exerce actuellement la présidence de ce club informel ! Avec les élections turques qui ont conforté le président Erdogan, nul doute que les discussions de couloirs en marge de l’ordre du jour officiel seront animées. On y abordera aussi le cancer qui ronge le Moyen-Orient : le quasi Etat Daech. Et la meilleur manière de lutter contre lui.

La Turquie se prépare à accueillir les 15 et 16 novembre à Antalya, le sommet annuel du G20. Succédant à l’Australie et occupant pour la première fois la Présidence de cette instance internationale, elle conforte ainsi des ambitions de puissance régionale et le rôle de premier plan qu’elle entend jouer sur la scène internationale. Tout autant que les intérêts communs de la planète, ce sont ses préoccupations propres que son Président s’attachera à mettre en avant et à faire, en quelque sorte légitimer, par ses 19 partenaires.

G20 TurquieLe G20 est né en 1999 dans le contexte des crises financières qui touchaient alors les pays dits émergents. Il se présentait alors comme un complément nécessaire et bienvenu du G7, considéré par beaucoup comme un club de nantis aux objectifs éloignés de ceux du monde en développement et cherchant à figer sa position dominante. Aux membres du G7 rejoints par la Russie pour former le G8, se sont ajoutés 3 états d’Amérique, Mexique, Brésil, Argentine, 6 états asiatiques, Turquie, Arabie saoudite, Inde, Chine, Indonésie, Corée du Sud, un état du Pacifique, l’Australie et un état africain, la République sud-africaine. Le chiffre de 20 est atteint par la présence de l’Union européenne. A eux seuls, les participants représentent 85% du commerce mondial, 2/3 de la population mondiale, 90% de la production de la planète. Ce format, s’il est plus large et plus crédible que celui du G 7, n’est cependant pas à l’abri des critiques et des contradictions. Certains pays bien que se situant  dans les vingt premières économies de la planète n’en sont pas membres : il manque, en Europe, la Suède, la Suisse, la Pologne, l’Espagne et les Pays-Bas, cette absence étant toutefois compensée par le siège accordé à l’Union européenne, occupé par le Président du Conseil européen et celui de la Commission, et par une procédure souple d’invitations ad hoc dont bénéficient l’Espagne et les Pays-Bas. Font aussi défaut, pour l’Asie, l’Iran, la Malaisie, la Thaïlande et Singapour. L’Afrique n’est représentée que par la République sud-africaine alors que le Nigeria semblait un prétendant légitime. Du même coup, le G20 n’échappe pas au reproche de faire la part trop belle à l’Europe.

Le fonctionnement du G20 s’inspire clairement des méthodes du G7 : pas de structure permanente, ni de secrétariat, ni de règles formelles et pré-écrites d’organisation. La présidence, annuelle, passe d’un pays à l’autre sans ordre prédéfini de succession. On veille simplement à ce qu’elle ne revienne pas l’année suivante à un pays du même continent. Pour assurer une cohérence avec les dossiers traités par le G7, les « sherpas » qui animent ce dernier forum sont également chargés de suivre le G20 qui tient, comme lui, un sommet annuel dans une ville du pays en présidence. La France avait d’ailleurs obtenu, en 2011 après une négociation avec ses partenaires, que les deux présidences coïncident et que les deux sommets se déroulent chez elle. On retrouve également dans les deux instances le système désormais classique de la « troïka » qui permet d’associer le pays sortant, le pays en présidence et le pays successeur dans la préparation et le suivi des réunions. Enfin, le G20 a aussi engendré des rendez-vous annuels de Ministres des Finances flanqués des gouverneurs des Banques centrales et plus récemment des Ministres chargés des affaires sociales et de l’emploi. Chaque Présidence, en fonction de ses propres objectifs, reste bien entendu libre de convoquer des réunions spécifiques et d’inviter un non membre à s’associer aux travaux (la Turquie a convié l’Azerbaïdjan et la Malaisie). Ce qui était au départ un forum axé sur la régulation financière internationale a tendance à étendre son champ d’action et à s’emparer de sujets jugés d’intérêt commun. Plusieurs pays du G7, au premier rang la France et l’Allemagne se sont employés activement l’an dernier à obtenir que la question du changement climatique et la préparation de la Conférence de Paris (la Cop21) soient à l’ordre du jour.

Le G20 est ainsi devenu un mécanisme de concertation de moins en moins spécialisé où l’on débat d’un large éventail de thèmes sans qu’il en sorte une ligne claire et un programme d’action cohérent, au-delà de quelques principes de bon sens et d’orientations générales sans force contraignante, que chacun traduit comme il l’entend et à son rythme. La Turquie, en prenant sa présidence, a dressé la liste de ses préoccupations : lutte contre le terrorisme et son financement, problème des réfugiés du Moyen Orient et d’Afrique, relance de la croissance dans la zone euro, solution de la crise grecque, politique de développement par la réduction des inégalités et de la pauvreté, rôle des petites et moyennes entreprises dans la reprise économique… Le G20 permet aux exclus du G7 et aux pays émergents de faire entendre leur voix et d’affirmer sur la scène internationale une présence et un rôle. Si l’on peut porter à son actif des avancées en matière de lutte contre les paradis fiscaux et le blanchiment d’argent ainsi que dans le domaine de la surveillance des mouvements spéculatifs de capitaux, le bilan est plus mince ailleurs et se heurte à deux obstacles majeurs :

– Le premier procède du caractère informel des discussions et du principe d’alternance annuelle. Le pays en présidence est naturellement enclin à privilégier ce qui le concerne directement et à exploiter au mieux la tribune qui lui est fournie. Le risque de dispersion est difficilement évitable de même que celui de ne pas consacrer suffisamment d’énergie à assurer le suivi de ce qui a été entrepris. De crainte de se voir reprocher de passer sous silence tel ou tel dossier, on a tendance à mettre tout sur la table.

– Le second est l’interférence inévitable des événements liés à l’actualité immédiate. Ils pèsent sur les débats et exigent que les participants y fassent écho. Ce n’est pas forcément un facteur négatif car la concertation dans un format relativement restreint et sans le formalisme onusien peut se révéler utile mais à l’inverse les sujets moins conjoncturels se voient accorder une attention plus réduite, compte tenu de surcroît du temps restreint imparti aux sommets.

Au total, il ne faut pas espérer du G20 plus que ce qu’il peut offrir et il ne sert à rien, comme on le fait parfois, de déplorer son impuissance à prendre des décisions s’imposant à ses membres et, au-delà, à la Communauté internationale. Comme le G7 il est en revanche une enceinte de consultation, un forum de concertation mutuelle dont les assises sont reconnues et désormais bien établies et qui a vocation à accompagner le processus de mondialisation. Faut-il l’élargir à de nouveaux acteurs pour conforter sa représentativité ? La question se pose.

Dominique Chassard (bénévole au SNMUE)
Novembre 2015