Au service de la Chine : un prêtre fidei donum français à Manille

Jacques Leclerc du Sablon est prêtre de la Mission de France, actuellement fidei donum à Manille aux Philippines. Au service de l’Eglise de Chine à partir du dehors de la Chine. Il nous explique dans le texte ci-dessous sa mission et sa vie actuelle. Il vient aussi de publier un livre-réflexion sur son expérience missionnaire : Jacques Leclerc du Sablon, Vivre « à la Jésus », Chemin de spiritualité missionnaire, Editions Karthala, 2015, 16 €.

 

Leur nombre n’est pas connu avec exactitude mais leur réalité est une certitude : environ 500  prêtres, religieux, religieuses, séminaristes et jeunes laïcs en mission d’Eglise, venus de Chine populaire, étudient à Manille. Au-delà de leur diversité, très réelle, ils forment une communauté dont l’Eglise aux Philippines a le souci.

Dans l’élan historique de ses prédécesseurs, très attentifs à cette communauté, l’archevêque de Manille, le cardinal L-A Tagle, a voulu répondre à une demande des universités et institutions catholiques de formation de la métropole manillaises. Elles disent la nécessité de mieux connaître, comprendre et accompagner leurs étudiants venus de Chine.

Vivre-a-la-JesusAinsi, en septembre 2012, Mgr Tagle, m’a invité à rejoindre son diocèse et m’a confié une tâche d’aumônerie dans cette communauté chinoise. Pour ce faire, il fallait parler chinois et bien connaître la Chine. J’y avais passé, de 1990 à 2010, une vingtaine d’années. Ma mission : rendre, en langue chinoise, un service d’accueil et d’accompagnement spirituel et humain à tous ceux qui le souhaitent. Etre au service de l’Eglise en Chine depuis le dehors de la Chine.

Dans ce ministère, il me faut être à la fois visible et discret. Visible dans une maison à porte ouverte appelée « maison de disciples », proche ou facilement accessible  depuis les universités de la mégapole. Discret car jamais il ne me viendrait à l’idée de demander à mes visiteurs leur appartenance à une communauté « officielle » ou «souterraine » de l’Eglise en Chine. J’accueille tous ceux et celles qui frappent à la porte !

Comment présenter ces étudiants d’Eglise ?

1.) Presque la totalité d’entre eux sortent pour la première fois de leur pays lorsqu’ils arrivent aux Philippines. Le choc de la langue et de la culture est riche de remises en cause.
2.) Ils sont issus d’une Eglise qui a été fermée sur elle-même pendant des décennies et pour qui le Concile Vatican II, s’il a été mis formellement en place, reste à découvrir.
3.) En arrivant aux Philippines, ces jeunes découvrent un catholicisme très différent du leur : l’Eglise est omniprésente et influente dans la société et la politique. Le contraste est grand avec la réalité qu’ils vivent en Chine.

Face à un contexte aussi nouveau, ces jeunes chinois sont amenés à vivre une réappropriation des tenants de leur foi, comme le dit l’un d’entre eux : « J’ai appris les dogmes par cœur. Nous répétons à l’Eglise, à la maison, les pratiques rituelles apprises des prêtres, de  nos parents et anciens.. Arrivé à Manille, par les études et par la rencontre d’autres catholiques, je découvre que je dois approfondir la foi que j’ai reçue. Je ne dis pas que les anciens, au pays, se trompent en répétant fidèlement, toute leur vie, en appliquant les règles et refaisant les gestes sans question. Ce qu’ils font, c’est un vrai culte au Dieu de Jésus Christ. Mais maintenant, les choses changent. Les jeunes n’apprennent plus de la même façon. Ils veulent approfondir et comprendre. Avant nous ne concevions qu’une seule formulation de la vérité. Il ne peut pas y avoir plusieurs vérités dignes de foi. Maintenant, je comprends qu’il y a plusieurs manières de chercher cette unique vérité et de l’exprimer.» 

Cette démarche amène également à revisiter les liens qui existent entre leur être catholique et leur être chinois. Démarche qui peut se révéler délicate tant l’universalisme catholique est un questionnement pour la centralité que revêt pour eux la culture chinoise.

L’unité de ces étudiants entre eux n’est pas immédiate tant les histoires personnelles, les parcours ecclésiaux, les expériences de formation sont divers. Mais contrairement à ce qui peut se voir en Chine où les liens entre membres des communautés « officielles » et «souterraines» peuvent être difficiles, à Manille, l’Eucharistie est vécue comme un lieu d’unité entre eux, sans distinction, et une unité avec l’Eglise locale des Philippines qui les accueille.  L’unité de l’Eglise est un don que l’on reçoit notamment autour de la table eucharistique.

Ce choix par l’Eglise qui est aux Philippines d’accueillir tous ces étudiants d’Eglise chinois, sans distinction de leur lien ecclésial entre communautés d’Eglise ‘souterraines’ et ‘officielles’ doit éveiller l’attention de certaines institutions de l’Eglise dans d’autres pays, lorsqu’elles pratiquent une telle distinction qui peut être blessante si elle écarte et pénalise les jeunes étudiants chinois envoyés par un diocèse ou une communauté d’Eglise ‘officielle’. L’Eglise-sœur aux Philippines, à l’instar des institutions romaines, contribue à refaire l’unité d’une Eglise qui, si elle est encore divisée, n’en est pas moins une.

Je rends grâce pour ce qu’il m’est donné de vivre dans ce ministère chinois.

 

Père Jacques Leclerc du Sablon
Mission de France
Fidei donum à Manille
octobre 2015

Jacques Leclerc du Sablon, prêtre de la Mission de France, est aussi agronome. Comme beaucoup de membres de sa communauté, il a exercé son métier une grande partie de sa vie, en particulier auprès des paysans de Tanzanie avec qui il a poussé la charrue, puis pendant de longues années en Chine à partir de 1989. Il vit aujourd’hui à Manille, accueilli par le cardinal Tagle, archevêque de cette ville qui compte de nombreux Chinois parmi sa population. Inspirées de ses quarante années de vie missionnaire, les pages de son nouvel ouvrage nous livrent les tenants spirituels de la « mission vécue comme dialogue ». L’esprit et la culture du dialogue, écrit l’auteur, « demandent une chose inouïe que j’ai apprise tout au long des années de mon chemin chinois. Cet inouï, c’est l’inversion missionnaire. La mission demande des êtres de don et non de conquête ». Comme d’aucuns vivent à la Bouddha, à la Confucius ou suivent la voie du taoïsme, Jacques Leclerc, lui, nous invite à « vivre à la Jésus », cette figure exceptionnelle qui est à la source de la tradition judéo-chrétienne telle qu’elle transparaît à la lecture des évangiles ou à partir de témoins comme Charles de Foucauld, Etty Hillesum ou Christian de Chergé. Un Jésus qui a fait de la rencontre des autres le chemin de la vérité, de la vie et du bonheur, et qui nous a transmis une nouvelle image et une nouvelle connaissance de Dieu. Jacques Leclerc le dit avec toute la force et la richesse de son expérience et avec des mots empruntés à sa tradition catholique.

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