L’Eglise catholique en Asie

L’Eglise catholique en Asie

Démographie et mentalité

Sur les 7 milliards d’habitants de la planète, 4 vivent en Asie. Et parmi eux environ 300 millions sont chrétiens, un peu moins de la moitié étant catholiques. Première conclusion : les chrétiens sont très largement minoritaires en Asie. Les chrétiens sont environ 32% de la population mondiale, mais en Asie ils ne sont que 7%. Le catholique asiatique, à l’exception des Philippines, a une mentalité de minoritaire, qu’il partage avec le chrétien du Moyen Orient. Deuxième leçon : les chrétiens asiatiques constituent un bloc signifiant à l’intérieur du monde chrétien. On trouve entre 550 et 600 millions de chrétiens en Europe, le même nombre en Amérique latine, le même nombre en Afrique subsaharienne, trois contextes où les chrétiens sont majoritaires (plus ou moins en Afrique). A côté de ces trois blocs de chrétiens se trouvent 300 millions de chrétiens asiatiques. Minoritaires dans leur continent, les catholiques asiatiques ne sont pas insignifiants dans l’Eglise catholique.

Cathédrale de Ho Chi Minh Ville

Cathédrale de Ho Chi Minh Ville

Les catholiques ne sont majoritaires dans leur pays qu’aux Philippines. Ils constituent également une forte minorité, jusqu’à 10%, au VietNam et en Corée (sud). Ailleurs, les catholiques ne sont souvent que de 1 à 3% de la population.

Cette situation de minorité a pour conséquence que ces catholiques sont souvent perçus comme des « étrangers » dans leur propre pays. A l’époque des conflits coloniaux et de la guerre froide, ils ont été suspectés de pactiser avec l’Europe ou les Etats-Unis. Cette image d’étranger est contradictoire avec le fait que la présence des communautés chrétiennes remonte à des périodes anciennes, avant la vague colonisatrice européenne. Il y a des chrétiens en Inde au moins depuis le 4e siècle, peut-être depuis le 1er siècle. Le fait que les églises chrétiennes soient encore considérées comme des corps étrangers indique sans doute une limite des efforts missionnaires en Asie.

Impact social et situation sociale

Cette discrétion par le nombre des catholiques en Asie contraste avec l’importance de leurs institutions, en particulier dans le secteur de l’éducation, la santé ou les services sociaux. A titre d’exemple, on citera Hong-Kong où les 5% d’habitants chrétiens scolarisent 25% des élèves du territoire. Ou bien le spectacle nocturne de Séoul où les nombreuses croix illuminées des clochers éclairent le ciel de la capitale. Où les présidents de la république ont tous été chrétiens depuis 1948, dictateurs compris !

Certaines églises catholiques d’Asie continuent d’être des églises d’immigrants provenant d’autres pays asiatiques. Les églises du Laos et du Cambodge sont largement composées de Vietnamiens qui sont parfois dans le pays depuis des générations. Parfois, les catholiques se recrutent dans des minorités du pays, discriminées ou opprimées, et cela donne à l’Eglise catholique un visage « étranger », cette image ne faisant que révéler la situation d’injustice dans laquelle vivent ces catégories de citoyens de seconde zone. C’est le cas de l’Inde où les catholiques sont assez souvent des Dalits, et tant d’autres pays où les catholiques se recrutent parmi les « Indigenous Peoples », les ethnies indigènes du pays qui ont du mal à faire valoir leurs droits de citoyens : Indonésie, Malaisie, Myanmar…

Histoire et actualité

La date importante pour les catholiques asiatiques est évidemment le Concile Vatican II, mais plus encore l’année 1970 qui a vu la création de la Federation of Asian Bishops’ Conferences (FABC) à Manille, en présence du pape Paul VI. Cette structure permanente favorise la coopération entre Eglises et réunit son assemblée plénière tous les quatre ans. La FABC s’est prononcée pour l’engagement des catholiques d’Asie dans un triple dialogue : avec les religions d’Asie, avec les cultures, avec les pauvres. Le synode pour l’Asie s’est tenu à Rome en 1998, l’exhortation Ecclesia in Asia en reprend les conclusions.

Pour la période récente, on citera la montée de tendances fondamentalistes, au sein de l’hindouisme en Inde, dans l’islam (Pakistan, Indonésie, Malaisie) et aussi dans le bouddhisme (Sri Lanka, Myanmar), tendances qui amènent parfois à douter que des personnes de langue, culture, religion différentes puissent vivre ensemble dans une société pluraliste. Les catholiques, comme groupe parfois ultra minoritaire, ont à faire face parfois à des comportements d’intolérance qui mettent leur survie en péril.

Autre point à signaler : l’Asie reste un continent où l’on trouve des régimes officiellement marxistes, et encore bien plus de régimes autoritaires. L’existence d’une Eglise indépendante, soutenue par une puissance étrangère (le St Siège !) ne fait pas forcément partie de la culture politique de ces pays. On citera ici la Chine, le Vietnam, la Corée (nord), le Myanmar…

Eglise sur pilotis (Cambodge)

Eglise sur pilotis (Cambodge)

L’Asie est un continent où l’on trouve des pays riches (Japon, Taïwan, Singapour…), certains pays parmi les plus pauvres de la planète (Bangla Desh, Pakistan…) et beaucoup de pays émergeants : Chine, Thaïlande, Malaisie… et demain Indonésie, Philippines… A côté des défis de l’inculturation de l’Evangile dans des cultures si diverses, les catholiques d’Asie ont à annoncer la foi à des catégories de « middle class » qui s’enrichissent vite et sont entrainées dans une frénésie de consommation. Quelle place pour la spiritualité, quelle place pour l’Evangile dans une société dont le mot d’ordre semble être : enrichissez-vous, consommez, rattrapons l’Occident !

Information

Pour s’informer sur les Eglises en Asie, nous disposons des medias des MEP (Missions étrangères de Paris), société missionnaire active sur le continent depuis plus de trois siècles. Eglises d’Asie www.mepasie.org est l’agence d’information des MEP qui publient aussi la revue « Missions Etrangères de Paris ». La crypte de l’église de la rue du bac et le musée méritent une visite : 128 rue du bac, 75007. On citera aussi www.ucanews.com en anglais, langue de communication de ce continent multiculturel et multilinguistique. Les sites des conférences épiscopales des divers pays sont souvent également en anglais en plus de la langue nationale.

L’Eglise de France et l’Asie

Il faut noter la présence de nombreuses diasporas asiatiques en France. Anciennes ou récentes. Dont beaucoup de membres sont déjà français ou dont certains membres sont « clandestins », mais pas pour l’Eglise. Citons le réseau des paroisses chinoises. La société apostolique « Missions Etrangères de Paris » (MEP) nourrit depuis trois siècles les relations entre la France et le continent. Les jésuites ont une grande tradition de relation avec l’Asie, actuellement sur les 20 000 jésuites de la planète, 4000 vivent en Inde. Cette tradition est portée par l’ensemble de l’ordre, et pas seulement par des Français évidemment. Il faudrait encore citer d’autres congrégations religieuses internationales présentes partout sur terre, et donc aussi en Asie. Des jeunes volontaires partent en Asie, pour quelques mois ou quelques années (voir les MEP et la DCC). Les étudiants asiatiques dans nos universités se comptent par dizaines de milliers. Rares sont les prêtres Fidei Donum français partant pour l’Asie. Plus nombreux sont les Asiatiques venus en France et y ayant rencontré l’Evangile : François Cheng est devenu poète et écrivain, membre de l’Académie Française. Le peintre Kim En Joong, dominicain, a réalisé les vitraux de la basilique de Brioude. Les touristes de la « middle class » asiatique fréquentent nos hauts lieux, entrent à Notre-Dame de Paris, avec quel impact ? Ils passent à Lourdes, à la chapelle de la Médaille miraculeuse de la rue du bac ! Les Français partent en vacances en divers pays asiatiques, y rencontrent-ils l’église sur place ? Les expatriés français représentent la haute technologie française sur les marchés émergeants, et parfois aussi l’Eglise de France au sein des dynamiques communautés francophones à Shanghai et ailleurs !

 

Antoine Sondag
Mars 2015