François Fritsch 1936-2017

François Fritsch, prêtre du diocèse de Strasbourg, a exercé presque tout son ministère en Amérique latine, où il est parti en 1970. Il a d’abord passé trois ans au Chili jusqu’au coup d’État du général Pinochet, puis au Pérou. Il est décédé à Paris le 8 octobre.
François d’Alteroche qui l’a bien connu nous donne ici son témoignage.

Père François Fritsch

Père François Fritsch

 

Pour avoir travaillé avec le Père François Fritsch pendant trente ans et pour l’avoir accompagné pendant mes 10 années d’Administrateur Apostolique de la Prélature de Ayaviri au Pérou, je voudrais dire ici, bien simplement, ce qu’a été « el Padre Francisco » pour cette Église et ce peuple d’Ayaviri et du Sud-Andin péruvien.

Certes son décès nous a tous profondément émus et peinés même si nous savions que depuis quelques temps la détérioration de son état de santé allait vers une issue fatale.

François Fritsch : un passionné pour le Royaume de Dieu

C’est, avant tout, cela qui l’a poussé à répondre à l’appel de l’Église pour aller d’abord au Chili et ensuite au Pérou comme prêtre Fidei donum.

C’est au Pérou au cœur de cette population quechua de la Cordillère des Andes qu’il a exercé la plus grande partie de son sacerdoce.

C’est auprès de Mgr Louis Dalle qu’il a appris dès le début à connaître et à aimer ses frères « campesinos » en étudiant leur langue et leur culture mais aussi en partageant leurs humiliations, leurs souffrances mais également leur désir d’une vie noble, digne et libre.

Si la dimension politique n’était jamais absente dans son combat pour le Royaume de Dieu, c’est que, pour lui, celle-ci « était un devoir de conscience et comme l’exercice de la charité, dans son sens le plus noble et efficace pour la Vie » (Medellin I, 16). Oui le Royaume de Dieu qui est justice, paix et amour était vraiment sa passion.

Pour cela, il a dû affronter bien des difficultés. Non seulement, il fut expulsé du Chili par la dictature du Général Pinochet, mais, au Pérou lui-même, son engagement pour la paix contre toute forme de violence, son combat pour une plus juste répartition des terres en faveur des communautés rurales dépossédées de leurs propres terres, sa défense des mineurs exploitant des mines dans des conditions d’insécurité totale et de bas salaires, son souci permanent de dénoncer les abus de toute sorte que supportaient ses frères, les « runas » (paysans andins), sa volonté de faire en sorte que ceux-ci soient les vrais protagonistes de leur propre libération… tout cela a été pour François cause de calomnies, de menaces, d’arrestation, d’humiliation, mais jamais de découragement, d’amertume, bien au contraire car il le vivait comme la conséquence de sa foi chrétienne.

Cependant, ce qui fut le plus douloureux pour lui et le plus scandaleux pour nous tous, ce fut la manière dont il fut expulsé de la Prélature d’Ayaviri par l’évêque actuel. Mais sa fidélité à l’Église et son sens du service a été, pour nous tous, le témoignage d’un prêtre dont la vie était dynamisée avant tout par le Christ et la croissance de son Royaume.

… un prêtre amoureux du Christ …

Ayant eu pendant de nombreuses années la responsabilité de coordonner et d’animer la pastorale de la formation des « animateurs chrétiens » sur l’ensemble de la Prélature, j’ai pu constater qu’il ne reculait pas devant les difficultés de parcourir cet immense territoire sur des routes dangereuses et épuisantes aussi bien dans la forêt amazonienne que dans les hauts plateaux de la Cordillère. Son intelligence de la culture andine, sa connaissance de la Bible et des documents de l’épiscopat latino-américain qui ont marqué la vie de l’Église au cours de ces quarante dernières années, sa capacité de mettre en valeur la culture andine lors de cérémonies liturgiques, l’attention qu’il portait à tous, sa simplicité et sa joie communicative, son optimisme, son humour, son langage direct et parfois provoquant, sa façon d’écouter et de prendre en considération les faits et gestes des plus démunis… tout cela faisait que ses cours de formation des animateurs chrétiens n’étaient jamais ennuyeux et stériles, bien au contraire.

À partir des années 60 et pendant quarante ans, les cinq diocèses du Sud-Andin péruvien ont essayé de vivre une pastorale d’ensemble pour être plus efficaces dans l’œuvre d’Évangélisation, d’autant plus que ce sont les mêmes caractéristiques, géographique, sociales, culturelles et religieuses qui unissent l’ensemble de ses habitants. Chaque année, l’Institut de Pastorale Andine (IPA) organisait des rencontres de formation pour l’ensemble des agents pastoraux des cinq diocèses. « El Padre Fritsch » y jouait là un rôle important par sa capacité d’analyser la réalité socio-politique et de l’intégrer dans un véritable processus d’Évangélisation. C’est aussi pour cela qu’il était souvent sollicité pour des sessions de formation au niveau national.

Notre région a souffert pendant 20 ans d’un fort climat de violence provoqué par les actions terroristes du mouvement « Sentier lumineux », mais aussi par la répression, parfois aveugle, des forces policières et militaires. François ne restait pas insensible à tant de violence et de souffrances. Sa façon de dénoncer celles-ci, l’aide qu’il apportait aux familles frappées par tant d’assassinats ou d’emprisonnements ne pouvait pas ne pas susciter la méfiance, les attaques et menaces de certaines autorités. Sa vie était en danger. Il le savait, mais il ne reculait pas. C’était aussi sa façon d’être fidèle à ce peuple.

Ses dix dernières années, il les a vécues dans la Prélature de Sicuani, voisine de celle d’Ayaviri. Bien que n’ayant pas de responsabilité pastorale, il était toujours disponible pour rendre service. Jusqu’à la fin, il a voulu vivre et rester fidèle à cette Amérique latine qu’il aimait tant.

« Jamais je n’oublierai son courage, son audace, sa bonne humeur, la sagesse, le sens commun et clair de ses opinions au cours des réunions de la Prélature, son langage simple et direct, aimable et cordial avec tous… Il pouvait dire les choses les plus terribles avec sérénité et un brin d’humour ». Ce témoignage d’une religieuse (Sœur Margarite Récavaren) qui l’a bien connu et travaillé avec lui me semble résumer ce qu’était la personnalité de « Francisco ».

Pour nous tous qui l’avons connu et aimé « el Padre Francisco Fritsch » restera l’image d’un prêtre amoureux du Christ et qui savait le découvrir, l’aimer et le servir chez ceux et celles que notre monde considère comme des riens.

Paco
François d’Alteroche
Aumont-Aubrac, le 14 octobre 2017