Le rôle du laïcat dans la réalité vénézuélienne

Le rôle du laïcat dans la réalité vénézuélienne : tel était le thème retenu pour le 7e Congrès national du laïcat du Venezuela, qui a rassemblé à Caracas (Université catholique Andrés Bello) du 30 mars au 1er avril, des membres de mouvements d’Église, d’organisations catholiques, des participants individuels et des invités, ainsi que plusieurs évêques.
Mais ce n’est pas ce Congrès qui met actuellement le Venezuela sous les feux de l’actualité. En proie à une grave crise alimentaire, sanitaire et sécuritaire, le pays connait également une crise politique ouverte.

réalité vénézuélienne : affiche du congrès du laïcat

Que se passe-t-il au Venezuela ?

Le socialiste et populiste Nicolás Maduro, a été élu de justesse en 2013 avec un peu plus de 50% des voix, après la mort de Hugo Chávez. Son mandat doit s’achever en 2019. Mais Maduro a décidé de convoquer une Assemblée nationale constituante en vue de réformer la Constitution. Il veut, selon ses dires, promouvoir « une assemblée constituante communale, ouvrière, paysanne, féministe et citoyenne, donner un statut constitutionnel aux Missions, aux communes et conseils municipaux ».[i]

L’opposition, majoritaire au Parlement depuis 2015, dénonce un coup d’État et demande des élections anticipées, ainsi que la tenue d’un référendum sur la convocation de l’Assemblée nationale constituante. Luis Emilio Rondón, le seul des cinq recteurs du Conseil national électoral critique par rapport au chavisme, considère que la demande de Maduro est anticonstitutionnelle : « le président n’est pas habilité par la Charte à convoquer une Constituante, le seul qui puisse le faire est le Peuple, dépositaire selon la Constitution du pouvoir originaire ». 70% de la population souhaite le départ du président Maduro, et l’opposition appelle chaque jour à manifester depuis plusieurs semaines. Des manifestations durement réprimées, des morts qui se comptent par dizaines et les blessés par centaines… S’y mêlent la contestation politique, la dénonciation de la crise alimentaire, des « émeutes de la faim », dans un pays où l’inflation est galopante. Le FMI l’estime à 720% à la fin 2017.

Réalité vénézuélienne : Carte du VénézuélaComment le Venezuela en est-il arrivé là, alors qu’il dispose des réserves de pétrole les plus importantes au monde ? Lorsque Hugo Chávez était au pouvoir, il avait consacré les revenus du pétrole au financement d’infrastructures et de « Missions », ensemble de programmes sociaux destinés aux plus défavorisés. Réinvestis dans l’éducation, la santé, l’insertion professionnelle, des programmes agricoles, les revenus pétroliers ont été ainsi « rendus au peuple » selon l’objectif du gouvernement de Chávez. Le niveau de pauvreté a baissé mais, l’économie vénézuélienne restant basée presque exclusivement sur le pétrole, le pays subit le contrecoup de la chute des prix du brut. Depuis deux ans, il a sombré dans une grave crise économique. Les produits de première nécessité ont vu leurs prix multipliés par dix, en même temps qu’ils se raréfiaient. Les 30 millions de Vénézuéliens ne parviennent plus à se nourrir à leur faim, et plus de 30% de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté.

La crise vénézuélienne préoccupe la communauté internationale. L’Organisation des États américains (OEA) convoque pour le 22 mai une rencontre des ministres des affaires étrangères du continent à propos de la situation du Venezuela, qui a par ailleurs menacé de se retirer de l’OEA, accusée d’ingérence. Pour son secrétaire général, « l’État de droit est mort » au Venezuela.

Plusieurs pays d’Amérique latine – Argentine, Brésil, Colombie, Costa Rica, Guatemala, Honduras, Mexique et Paraguay – condamnent l’usage excessif de la violence au Venezuela et appellent le gouvernement à respecter les droits des citoyens.

Le pape François avait déjà évoqué le Venezuela dans l’avion qui le ramenait du Caire :

  •  Tout ce qui peut être fait pour le Venezuela, il faut le faire, avec les garanties nécessaires

Il a appelé le lendemain à prier tout en adressant « un appel fervent au gouvernement et à toutes les composantes de la société vénézuélienne afin que l’on évite toute nouvelle forme de violence, que les droits humains soient respectés, et que l’on cherche des solutions négociées à la grave crise humanitaire, sociale, politique et économique qui est en train d’épuiser la population »[ii]. En décembre dernier, le cardinal Parolin, secrétaire d’État, qui connait bien le Venezuela puisqu’il y était auparavant nonce apostolique, avait indiqué les conditions de la négociation : établissement d’un calendrier électoral, rétablissement des pouvoirs du Parlement, libération des opposants, ouverture à l’aide humanitaire internationale.

Réalité vénézuélienne : manifestations monstres

Manifestation à Caracas

L’Église du Venezuela à tous les niveaux est également mobilisée devant la grave situation que vit le pays. La présidence de la Conférence épiscopale vénézuélienne vient de publier le 5 mai un communiqué intitulé : « non pas réformer la Constitution, mais l’appliquer ».

Il exprime clairement le rejet de la convocation d’une Assemblée constituante « dangereuse pour la démocratie vénézuélienne, pour le développement humain intégral et pour la paix sociale », condamne la répression et appelle le peuple à ne pas se résigner et à continuer à faire entendre sa protestation sans tomber dans la violence. « Aujourd’hui, ce dont le peuple vénézuélien a le plus besoin, c’est de nourriture, de médicaments, de liberté, de sécurité personnelle et juridique, et de paix. Tout cela serait possible si le gouvernement agissait d’accord au texte constitutionnel en vigueur et avec une plus grande sensibilité devant tant de carences. » Une dénonciation claire d’un régime qui n’a comme ambition que de se maintenir au pouvoir.

Les conférences épiscopales du continent, les groupes et mouvements catholiques des pays voisins, continuent à exprimer de diverse manière leur solidarité avec le peuple vénézuélien.

En janvier dernier avait lieu à Caracas la première Assemblée conjointe évêques-laïcs, sur le thème : Église en communion vers un Venezuela plus juste et croyant. Son objectif était de « construire, en discernement et dialogue, des lignes d’action afin d’apporter des réponses concrètes aux exigences et défis actuels, permettant aux évêques et laïcs – Église en communion – de proposer et de travailler des idées fortes pour la transformation sociopolitique vénézuélienne ».

réalité vénézuélienne : jeunes volontaires

Jeunes volontaires

Le 7e Congrès national du laïcat, le premier depuis 2006, n’a bien évidemment pas éludé la question. Les laïcs vénézuéliens ont exprimé leur inquiétude et leur engagement. Leurs travaux ont été introduits par une analyse de la réalité complexe que vit actuellement le Venezuela, et se sont conclus par un message au pays. Les thèmes abordés durant les trois jours de congrès ont été les suivants :

  • La pensée du pape François sur la mission du laïc aujourd’hui,
  • L’engagement social et politique du laïc pour la transformation de la société,
  • Le laïc artisan d’une économie juste et solidaire,
  • La famille, première école,
  • Une éducation humanisatrice et transformatrice pour une nouvelle société dans un temps de mutation,
  • Les réseaux sociaux : la nouvelle évangélisation.

Dans son intervention à propos de la pensée du pape sur la mission du laïc, le nonce apostolique au Venezuela, Mgr Mons Aldo Giordano, invitait l’assemblée à « se salir les mains pour le bien commun ». Le message final du Congrès indique que cette invitation a été entendue.

Les évêques ont invité à faire du 21 mai une Journée de prière pour la paix au Venezuela. Toutes les communautés chrétiennes du pays sont appelées à prier pour la paix, « c’est-à-dire la justice et la résolution des problèmes auxquels le pays est actuellement confronté », a précisé le cardinal Jorge Urosa Savino.

Annie Josse
Mai 2017

 

[i]   Discours du 1er mai 2017
[ii] « Regina Caeli » du 30 avril 2017