Dictionnaire de la théologie de la libération

Sous la direction de M. Cheza, L. Martinez et P. Sauvage, Dictionnaire historique de la théologie de la libération, thèmes, lieux, acteurs, Editions jésuites Lessius, 2017, 656 pages, 52 €

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Couverture montrant la statue de Montesinos

Bartolomeo de Las Casas

Bartolomeo de Las Casas

Œuvre magistrale, œuvre polyphonique comme il se doit pour un dictionnaire, œuvre historique qui fait le point à un moment donné de l’histoire (2017) sur un phénomène -la théologie de la libération- lui-même situé dans l’histoire, né dans un contexte assez différent de notre actualité… mais qui ne cesse de renaitre sous des formes renouvelées.

Comme pour toutes les grandes œuvres, on peut faire plusieurs lectures de ce livre.

Lecture nostalgique : retrouver des hommes, des livres, des thèmes, des lieux qui ont bercé notre jeunesse (pour ceux qui ont des cheveux blancs), qui ont nourri nos rêves et peut-être quelques-unes de nos désillusions (l’Amérique latine prépare le visage de l’Eglise de demain ! qui dirait encore ceci aujourd’hui ?)…

Lecture scientifique : mieux connaitre les acteurs de cette histoire de la théologie de la libération, repérer les influences croisées, les trajectoires à double sens entre par exemple l’Amérique latine et l’Europe, mieux identifier la diversité des pays d’Amérique latine qui ne sont unifiés que dans notre vision européenne lointaine…

La multiplicité des points de vue et des réalités est bien manifestée par le côté dictionnaire : 280 entrées. Par 117 auteurs de 28 nationalités différentes. Des thèmes, des personnes, des lieux, des revues, des centres de recherche universitaire ou non, des théologiens… et des chrétiens qui transcendent nos frontières académiques.

Lecture synthétique : le bel essai de P. Sauvage à la fin de l’ouvrage, qui fait tout de même 150 pages Genèse, évolution et actualité de la théologie de la libération (p. 507 à 634) permet de ressaisir l’unité profonde de ce courant de la Théologie de la libération. S’agit-il d’un courant théologique ? Ou d’un mouvement social ? La question mérite d’être posée, la réponse n’est pas évidente.

Leonardo Boff

Leonardo Boff

Lecture actualisante. Le contexte socio-politique et culturel a bien changé depuis les manifestes fondateurs de ce courant à la fin des années 60… alors quel avenir pour la théologie de la libération ? L’élection du pape Bergoglio en 2013 est-elle une revanche tardive sur les vilenies subies par ce courant théologique et ecclésial ? Ce pape n’est-il pas plutôt un adepte de la théologie du peuple (voir cet article ainsi que l’article consacré à Scannone) ?

Ce dictionnaire est utile. Par ses entrées, la liste des revues qui se rattachent de près ou de loin à la TdL. La liste des centres d’étude et de recherche rattachés au courant. Les index et la bibliographie.

On remarquera les ouvertures sur l’actualité et l’avenir du continent latino-américain et ecclésial : nous sommes loin de la nostalgie.

G-Gutierrez

Gustavo Gutierrez

On notera aussi des faits curieux, peut-être troublants, des faits qui ouvrent des chantiers pour l’avenir. Pourquoi si peu d’entrée pour des personnages féminins ? pour des laïcs ? pour un dialogue, qui peut-être n’a pas eu lieu, entre les dissidents de l’AL (sous les militaires) et les dissidents de l’Empire soviétique ? Si peu d’entrées autour des questions écologiques ? Mais il faut signaler que dans l’article Boff, le tournant du théologien autour de l’année 1992 est bien noté…

Bref, il s’agit d’un chantier à poursuivre. Le dictionnaire ou le courant théologique de la TdL ? ou les deux ? Faire de la théologie à partir de l’envers de l’histoire : ce mot d’ordre est moins démodé que jamais. Merci aux éditeurs de nous offrir ce cadeau. Dont le prix (52 €) est un peu dissuasif !

Antoine Sondag
 avril 17