Equateur : Appelés à faire route ensemble

Equateur : Appelés à faire route ensemble

Tel est le titre que la Conférence épiscopale équatorienne donne à sa lettre pastorale du 12 janvier dernier, consacrée aux élections générales (présidentielles et législatives) qui ont lieu en février pour le premier tour et en avril pour le second.

Bordé par le Pacifique et frontalier avec la Colombie et le Pérou, l’Équateur, grand comme la moitié de la France et comptant environ 17 millions d’habitants, a une économie basée sur l’exportation (pétrole, banane, crevettes, cacao) et le tourisme.

Drapeau_Equateur

Drapeau de l’Équateur

Rafael Correa, président sortant qui ne se représente pas, quitte après 10 ans de pouvoir un pays où sa « révolution citoyenne », sociale et solidaire, a amélioré le niveau de vie des habitants et modernisé les services publics. Mais le pays est touché par des affaires de corruption et la crise économique provoquée par la chute du prix du pétrole et la hausse du dollar.

Dans ce pays majoritairement catholique (80% de la population), les évêques commencent par expliquer pourquoi ils parlent. Non pas pour prendre parti ni pour donner des consignes de vote, mais en vertu de leur devoir d’accompagner le peuple, d’éclairer les consciences de ceux qui cherchent à construire un monde plus juste, plus inclusif et plus humain. L’axe central de cette lettre est l’affirmation que « l’amour et le respect de la vie et de la dignité des personnes peuvent transformer les relations humaines ».

Il s’agit de choisir de manière responsable et éthique, en tenant compte des programmes mais aussi des principes moraux et des comportements démocratiques durables. Pour aider dans ce choix, la lettre souligne un certain nombre de réalités cruciales à prendre en compte :

  • La pauvreté, particulièrement des chômeurs, des peuples dont l’identité n’est pas respectée, de tous ceux qui ont droit à la santé, à l’éducation et à un toit.
  • La dignité de la personne, bafouée en particulier dans le monde rural et à la périphérie des grandes villes. Même si les indices de qualité de la vie se sont améliorés dans les dernières décades, la crise les a fait reculer. Tous ont droit selon la Constitution équatorienne à une vie digne, qui se traduit par le droit au travail, au logement, à la santé, à la sécurité sociale, à l’éducation, à la liberté religieuse.
  • Le bien commun, qui doit être au centre de la vie morale, la promotion de la justice, dans le cadre de l’indépendance de la justice et de la séparation des pouvoirs.
  • La subsidiarité de l’État, qui ne doit pas se substituer à l’initiative privée, mais doit garantir la juste répartition de la richesse.
  • Le dialogue, dans la liberté d’opinion et d’expression, pour rechercher, en vérité et justice, ce qui convient à la société dans son ensemble.
  • La participation politique et citoyenne et la coresponsabilité.
  • EquateurLa solidarité, en particulier avec ceux qui souffrent, dans une économie sociale, solidaire et productive, qui s’intéresse d’abord au respect de la vie, aux malades, et aux jeunes qui ne trouvent comme refuge que la drogue, l’alcool et la délinquance. Une « manière politique d’exercer la solidarité est la promotion de la justice sociale, de la création d’entreprise, de l’emploi, des droits du travail et des services publics, en particulier l’alimentation, le transport, le logement, la santé et l’éducation ».
  • L’interculturalité, dans un pays habité par de multiples ethnies, avec lesquelles l’Église fait un travail d’inculturation de la foi, de défense des peuples indigènes, afro équatoriens et montubios (habitants de la côte).

 

Après la mise en perspective des éléments à prendre en compte à l’heure des choix électoraux, les évêques équatoriens s’arrêtent aux engagements qui en découlent et qui devraient être ceux des hommes politiques :

  • L’engagement éthique et la lutte contre la corruption
  • Le respect de la vie
  • L’attention à la famille
  • La préservation de la création

Enfin, la lettre se termine par l’affirmation qu’il n’y a pas de politique ni d’homme politiques parfaits, mais qu’il s’agit de choisir ceux qui sont proches d’un idéal de société. Ceux qui seront élus sont invités à opter pour le bien commun du pays, les chrétiens sont invités à prier, et l’ensemble des citoyens à exercer leur esprit civique, à accepter le résultat des urnes et à collaborer. « Bienheureux les citoyens qui assument leurs responsabilités », concluent les évêques.

Texte (en espagnol) de la lettre pastorale 

Annie Josse
Février 2017

On peut aussi consulter le site de l’association pour connaitre les projets initiés par Pierrick Van Dorpe avec les communautés indigènes de Calpi. Pierrick Van Dorpe est un prêtre fidei donum du diocèse de Beauvais, au service du diocèse de Riobamba en Équateur.