Cameroun : religions ensemble pour la paix

Deux initiatives récentes sont à saluer en lien avec la situation de crise dans les deux régions anglophones du Cameroun. Rappelons que, depuis environ un an, des troubles divers éclatent régulièrement dans les provinces du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, qui connaissent grèves, manifestations et journées ville morte à répétition. Ces troubles se sont aggravés depuis le 1er octobre, lorsque les sécessionnistes des deux régions ont symboliquement déclaré l’indépendance de « l’Ambazonie », se dotant d’un hymne et d’une monnaie.

CENC - Cameroun : religions ensemble pour la paix

Conférence Episcopale du Cameroun

Couvre-feu, accès à internet perturbé, villes militarisées, la tension est forte et a débouché sur de violents affrontements, incendies de villages, gendarmes, militaires et manifestants tués. Il y a exactement un an, les évêques de la province ecclésiastique de Bamenda, qui couvre ces deux régions, adressaient un mémorandum au chef de l’État pour lui exposer la situation et leur position.

Le 15 décembre, des responsables religieux des principales confessions du Cameroun, catholiques, protestants et musulmans se sont rassemblés dans la cathédrale de Yaoundé pour prier ensemble pour la paix et lancer un appel commun à la paix et au dialogue. Ils ont appelé tous leurs concitoyens à se faire « artisans de paix » dans le pays,

Le 21 décembre, au siège de la Conférence Épiscopale Nationale du Cameroun, le Forum national des religions au Cameroun organisait une rencontre sur le thème : chrétiens et musulmans ensemble pour le dialogue social sur la situation dans les régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest. Elle a rassemblé des membres musulmans, catholiques, protestants, orthodoxes, de l’Association camerounaise pour le dialogue interreligieux, ainsi que des observateurs pentecôtistes et adventistes du 7e jour.

Le communiqué final réaffirme la « volonté et détermination de continuer à être solidaires les uns avec les autres pour maintenir une paix et un développement durable dans notre pays ». Ces leaders religieux se disent prêts à agir « par la prière, la descente sur le terrain et l’écoute » pour freiner la radicalisation, appellent les croyants de toutes religions à encourager le dialogue, la paix et le vivre ensemble, et recommandent la tenue d’états généraux sur un dialogue entre le pouvoir, les partis, la société civile et les religions.

Finalement, le Forum national a décidé d’organiser, le 1er février 2018, des cultes interreligieux pour la paix et la réconciliation. Il annonce la création d’un comité interreligieux de médiation, la mise en place d’un plaidoyer pour la prise en compte de la position des religions sur la situation dans ces deux régions, et son intention de créer un Conseil national des religions.

Annie Josse
Décembre 2017