L’Eglise au Togo

Togo_DocSocialeAntoine Sondag s’est rendu au Togo pour un atelier de formation de laïcs sur l’enseignement social de l’Eglise. Il a été reçu par le secrétaire général de la Conférence des Evêques du Togo et a rencontré des laïcs actifs dans divers mouvements et associations de chrétiens. Voici un petit résumé de ce qu’il a entendu. Avec le texte de la Lettre pastorale des évêques publiée à l’occasion de la fête nationale (27 avril 2016).

Lettre pastorale des Evêques pour la fête nationale du 27 avril 2016

Le Togo a aujourd’hui plus de 7 millions d’habitants, dont un quart dans sa capitale, Lomé. Il est probable que 25% environ de la population sont catholiques. Les autres dénominations représentées sont les protestants, la religion traditionnelle africaine et l’islam. On entend dire avec un sourire que la plupart des ministres sont passés par l’école catholique, mais qu’on saisit mal l’impact de ce christianisme.

Il y a plus de 700 prêtres au sein des 7 diocèses du pays. Et de nombreux futurs prêtres dans les trois séminaires du pays : une propédeutique, un philosophat et un théologat avec plus de 250 séminaristes à Lomé.

En ce qui concerne la formation des catéchistes, dont on sait le rôle central dans la pastorale africaine, chaque diocèse a son propre système de formation. A Dapaong par exemple, il existe une école pour catéchistes sur trois ans. Ces catéchistes deviennent ensuite responsables de communautés. Ailleurs, la formation se fait par un système de sessions. Ces catéchistes fonctionnent plutôt dans les zones rurales.

Il n’existe pas de faculté de théologie dans le pays. Mais un Institut Saint Paul, où des laïcs peuvent se former en théologie.

Les Eglises évangéliques et pentecôtistes foisonnent, au Togo comme ailleurs en Afrique. Il faudrait y ajouter les « Eglises des ministères » (ainsi dénommées car on trouve souvent le mot de ministère dans le titre de ces Eglises). Les relations avec l’Eglise catholique sont plutôt bonnes avec les Eglises protestantes historiques (méthodiste, presbytérienne, Assemblées de Dieu), on ne dira pas la même chose des nouvelles Eglises et religiosités qui occupent l’espace religieux du pays. Ce sont souvent les nouveaux urbains, les migrants récents venus des villages en ville qui intègrent ces Eglises…

A l’intérieur de l’Eglise catholique, on constate aussi l’importance du renouveau charismatique. Avec des messes de guérison. C’est une concurrence avec les multiples Eglises protestantes du renouveau… et c’est aussi un tremplin qui facilite le passage vers ces Eglises. Au plan politique, nombreux sont les catholiques qui regrettent que les catholiques ne se démarquent pas. En politique, on ne voit pas les chrétiens. Les chrétiens se laissent acheter comme les autres, dit-on.

Le parti au pouvoir, longtemps en place, parti unique de facto, prive les Togolais de l’exercice effectif de leur liberté. Cela a aussi eu pour effet de radicaliser le parti au pouvoir et l’opposition. Le parti au pouvoir ne veut pas le changement, il le refuse même. L’opposition ne fait pas vraiment de propositions concrètes, dit-on.

Cathédrale-LoméLe Togo se caractérise par ses syndicats forts. La société civile a du mal à se faire entendre. Pour le moment, ce sont les organisations de défense des Droits humains qui donnent le ton. Il y a pourtant eu un réel effort de l’Union Européenne de soutenir les Etats Généraux de la société civile.

Les médias sont vivants, au Togo comme ailleurs en Afrique, avec sans doute une trentaine de radios, une dizaine de chaines de télévision… Du côté catholique, il faut signaler Radio Maria qui dépend du réseau italien du même nom. La télévision catholique se nomme TV Spes.

La population attend des réformes institutionnelles pour le fonctionnement du pays. Mais la justice, par exemple n’est pas considérée comme indépendante. La même famille (Eyadema) est au pouvoir depuis cinquante ans, sans discontinuité, et cela n’est pas bon pour la vie politique. L’Etat est en fait contrôlé par le parti au pouvoir. L’OTR (Office togolais pour les douanes) qui prélèvent les taxes de douane et certains impôts est considéré comme une machine à corruption : on taxe les opposants, et on fait des faveurs à ses amis, dit-on couramment.

Les élections sont considérées comme truquées. Pourtant, les voisins (Bénin, Ghana) donnent l’exemple de vrais débats électoraux et savent organiser des élections libres, pluralistes et équitables. La preuve en est qu’on ne peut prévoir qui va gagner les élections, comme on l’a vu récemment au Bénin. On ne dira pas cela du Togo. Le pouvoir s’appuie sur l’ethnie du président et sur l’armée. Mais il semble que le président est plus l’otage de l’armée que son vrai chef.

Jusqu’à ce jour, personne ne craignait les musulmans. Les leaders ne couvraient pas les ultras de l’islam. Mais certains prêches actuellement inquiètent, en particulier à cause des accents anti-chrétiens.

Le Conseil Episcopal Justice et Paix mis en place au sein de l’Eglise catholique permet un éveil des chrétiens aux questions de justice et de paix sociale. Ce Conseil se caractérise en particulier par la formation de para juristes. Pour aider les victimes… il fonctionne depuis une dizaine d’années, avec le soutien de certains partenaires internationaux (Misereor, CRS, Secours Catholique…). L’objectif est de disposer d’un para-juriste dans chaque paroisse, pour faire de l’animation, organiser les communautés villageoises, écouter, conseiller, contribuer à régler les problèmes fonciers…

De nombreuses questions se posent à cause de l’application du droit coutumier. Par exemple pour les femmes-épouses, en cas de veuvage ou de divorce. La femme ne voit pas ses droits respectés, la tentation, parfois couverte par la tradition, est forte de la chasser, de lui dénier ses droits, de la priver de ses droits d’héritage, donc de ses droits à vivre décemment…

Ce conseil Justice et Paix se saisit de toutes ces questions. C’est un service de l’Eglise, il contribue à installer un régime de droit qui se substitue à l’arbitraire ou au pouvoir de plus fort… En plus des activités de formation et de para-juristes, il développe des visites de prison, des clubs de jeunes… l’environnement est une piste plus nouvelle.

Togo_RéunionLe grand défi de l’Eglise au Togo consiste dans l’engagement des chrétiens dans la vie sociale et politique du pays. Au nom de la foi, ces chrétiens apportent ou devraient apporter quelque chose de nouveau… or ces chrétiens sont très absents de ce champ. L’Eglise dispose d’un réseau de paroisses, chaque paroisse a son église, sa grotte de Lourdes, des associations nombreuses de dévotion… mais l’impact social de l’Evangile n’est pas toujours visible. Voilà un point de vue critique de l’Eglise au Togo que l’on entend dans certains milieux, de laïcs ou liés à Justice et Paix.

Les points forts de cette Eglise sont eux-aussi nombreux, par exemple :

  • Le nombre des catholiques augmente, les baptêmes sont nombreux
  • Le pays dispose de beaucoup de prêtres, des jeunes se forment dans les séminaires, les vocations fleurissent…

A la Conférence des Evêques du Togo, on entend une analyse assez voisine. Le Père Gustave Wanme, secrétaire général de la Conférence des Evêques du Togo, résume la situation ainsi.

Le point fort de l’Eglise au Togo réside dans la pratique chrétienne de la liturgie. Les messes sont animées, joyeuses, les catholiques pratiquent, la liturgie, les sacrements, la confession… et cela contraste fortement avec la situation de la France par exemple… tout cela est formidable.

Le premier défi de cette Eglise catholique au Togo est représenté par « les sectes ». Des gens très pratiquants vont aussi dans les sectes pour obtenir des guérisons, chercher des solutions à des problèmes pratiques ou matériels, ou sont fascinés par le sensationnel… Le côté miracles des Evangiles attire plus que la Croix.

Un autre défi est représenté par les questions matérielles de prise en charge de l’Eglise. On peut être inquiet de voir le nombre d’ordinations. Dans cinquante ans, il faudra verser des pensions à ces prêtres. Or, les diocèses ne disposent pas de moyens financiers. Les recettes proviennent beaucoup trop de l’étranger. Il n’y pas de caisse de retraite pour les prêtres. On y réfléchit certes, mais pour le moment, il n’y a pas encore de solution. Certains prêtres n’ont pas d’assurance maladie. Cela dépend des diocèses.

Il n’y pas non plus de péréquation pour les ressources des prêtres. En conséquence, une variété de situation coexiste, sans que l’on dispose d’une vue d’ensemble C’est l’un des chantiers à ouvrir.

Selon l’interlocuteur, on mettra l’accent sur la situation politique du pays. Sur la situation de l’Eglise, sur des questions de gestion des prêtres, ou sur les lacunes de la formation et de l’action des laïcs… Le Togo est un beau microcosme de l’Afrique avec ses chances et ses défis.

Antoine Sondag,
10 mai 2016.

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