De St-Denis à Owando, de Fidei donum à la communion missionnaire

Colette Bence, bénévole au SNMUE, retrace ici l’histoire et l’arrière-plan ecclésiologique d’un jumelage en construction entre le diocèse de St-Denis (Seine St-Denis) et Owando au Congo Brazzaville.

Point de départ : histoire et concile Vatican II.

Carte du COngo BrazzavilleL’encyclique Fidei donum de Pie XII en 1957 a marqué un tournant dans le dynamisme missionnaire de l’Eglise : La Mission ad extra n’est plus réservée à des spécialistes. Dans un nouveau contexte, celui de la décolonisation, Pie XII lance un appel aux évêques du vieux continent pour qu’ils envoient des agents pastoraux au service des Eglises naissantes, en particulier en Afrique,  Le concile Vatican II confirmera cet appel en rappelant aux évêques qu’ils sont solidairement responsables de la Mission de l’Eglise.

Ce ne sont pas seulement des prêtres (religieux membres de congrégations : les « missionnaires ») mais aussi des laïcs et des religieuses qui vont partir de façon temporaire coopérer au développement d’Eglises naissantes. En 1967, la Conférence épiscopale française, crée la Délégation Catholique à la Coopération pour organiser et coordonner l’envoi de jeunes laïcs. En 1971, 564 prêtres diocésains français seront à l’étranger comme Fidei donum  puis leur nombre va décroitre, aujourd’hui ils sont 80.

La mission : du sens unique à l’échange entre Eglises locales

Le mouvement s’est ensuite inversé, les Eglises diocésaines qui envoyaient leur membres vers les continents du sud, font appel à ces mêmes Eglises afin qu’à leur tour, elles envoient des prêtres soutenir les communautés ecclésiales en France. Ceux-ci représentent actuellement environ un tiers du clergé en activité pastorale en France (2000 prêtre venus d’ailleurs pour 5000 prêtres français de moins de 75 ans).

Ayant conscience que ces prêtres risquaient d’être perçus comme ‘bouche-trou’ tout au moins considérés comme des suppléants au manque en personnel des diocèses de France, des prêtres du diocèse de Saint Denis avec Mgr Olivier de Berranger, leur évêque d’alors, ont eu le désir d’aller plus loin dans les relations aux Eglises d’Afrique. Ils ont désiré établir des relations privilégiées avec l’une ou l’autre Eglise d’Afrique ayant des prêtres dans le diocèse de Saint Denis et ceci à tous les niveaux du diocèse : évêques, prêtres, fidèles. Au même moment,  des évêques africains avaient proposé d’établir un jumelage entre leur diocèse et celui de Saint Denis. L’idée est restée à l’état de projet durant quelques années mais sans disparaitre. En 2015, parmi les demandes de jumelage, provenant de diocèses africains, celle de monseigneur Victor Bagna Mossa, évêque d’Owando, à 500 km au nord de Brazzaville a retenu l’attention de Mgr Pascal Delannoy.

Préparation d’un jumelage
Mgr Victor Bagna Mossa et Mgr Pascal Delannoy

Mgr Victor Bagna Mossa et Mgr Pascal Delannoy

Cette même année le père Jacques Meunier, actuel DDMU, qui avait le projet de prendre un temps sabbatique au Brésil a été invité par Mgr Delannoy à aller en Afrique. Répondant à cet appel, en janvier 2016, il est parti six semaines dans le diocèse d’Owando. Accueilli par deux prêtres qu’il avait croisés en France, il a sillonné le diocèse qui comprend 17 paroisses et a une cinquantaine de prêtres incardinés (certains sont Fidei donum à l’extérieur). Il a séjourné dans divers lieux et découvert les réalités d’une Eglise encore marquée par les années de dictature. A plusieurs reprises, le père Jacques, comme on l’a très vite appelé à Owando,  a  rencontré monseigneur Victor Bagna Mossa. Ce dernier a invité Mgr Pascal Delannoy au Congo, il a même retardé les ordinations de trois prêtres et trois diacres pour qu’elles puissent être présidées par Mgr Delannoy qui a séjourné dans le diocèse d’Owando entre le 7 et le 13 juillet 2016. A son tour, en octobre,  Monseigneur Victor Abagna Mossa est venu participer aux célébrations qui ont marqué les cinquante ans du diocèse de Saint Denis.

Entourés de quelques prêtres diocésains, les deux évêques ont évoqué les projets à mettre en œuvre pour concrétiser le jumelage : échange de prêtres, séjour de diacres, de personnes retraitées et de jeunes enseignants français à Owando, échange de jeunes. Pour Mgr Pascal Delannoy le jumelage s’inscrit en cohérence avec la présence de nombreux africains dans le diocèse de Saint Denis et dans l’accueil de prêtres venus du Congo Brazza « La finalité de tout ce que nous allons entreprendre dans ce jumelage à travers des rencontres, des partenariats, des échanges, c’est de nous ouvrir mutuellement à un dynamisme missionnaire, de nous enrichir les uns les autres pour que nous accueillons chacun encore davantage la parole du Christ », a-t-il indiqué.

Une dynamique du donner et du recevoir

Les deux diocèses sont différents, l’un est très vaste et rural, l’autre est peu étendu et très urbanisé. Ces différences apparaissent plus comme une chance que comme un obstacle. Le diocèse de Saint Denis a aussi à recevoir du diocèse d’Owando dit le père Jacques Meunier qui a été frappé par la pauvreté de la population et des prêtres mais aussi par le témoignage de foi et d’espérance donné dans une situation économique et sociale difficile. Le jumelage devrait aussi rendre plus fructueux le séjour de prêtres africains dans le diocèse de Saint Denis. Il s’agit de « profiter davantage de la présence de ces prêtres pour partager leurs histoires, leurs expériences ». Le jumelage fera entrer dans une dynamique du donner-recevoir  « Les jeunes Eglises ont besoin de la force des Eglises anciennes, et en même temps celles-ci ont besoin du témoignage et de l’impulsion des jeunes Eglises, de sorte que chacune de ces Eglises puise dans la richesse des autres. » (Christifideles laici 35)

Un Jumelage, joint à la présence de prêtres venus d’ailleurs et en insertion dans le diocèse de Saint Denis apparait comme une chance pour la visibilité de la communion en Christ de toutes les Eglises, C’est aussi donner un témoignage de fraternité possible entre les peuples, entre les cultures.

C’est progressivement que le jumelage va prendre corps. En septembre 2017 : un prêtre d’Owando viendra dans le diocèse de Saint Denis, un prêtre de Saint Denis devrait partir vers Owando. Par ailleurs des échanges au niveau des directions diocésaines de l’enseignement catholique sont amorcés. Nul doute que d’autres actes concrétiseront la fraternité naissante entre les deux diocèses au service de l’Unique Mission.

Colette Bence
avec relecture par le père Jacques Meunier, DDMU St Denis
Novembre 2016