Octobre 2019 : mois missionnaire extraordinaire !

Le pape a décrété que le mois d’octobre 2019 serait un mois missionnaire extraordinaire. A l’occasion du centenaire de la promulgation de la Lettre apostolique Maximum illud, par le pape Benoît XV, souvent méconnu voire méprisé en France. Cette lettre a donné un élan nouveau à la mission de l’Eglise. C’est ce que le pape François indique dans une lettre au Cardinal Filoni (voir ci-dessous).

La lettre du pape François permet de revisiter en deux pages les textes du Magistère les plus importants depuis un siècle qui concernent la mission. C’est aussi un bon résumé des intuitions centrales de cette conversion missionnaire à laquelle le pape François appelle constamment les chrétiens : primat de la charité ; refus de tout nationalisme et colonialisme ; élan et enthousiasme nouveau pour la mission ; cette mission commence par la conversion du missionnaire lui-même ; elle renonce à tout prosélytisme ; l’élan missionnaire permet de renouveler l’Eglise ; la conversion pastorale exige de renoncer à toute « fermeture autoréférentielle » de l’Eglise ; l’élan missionnaire nous permet de façonner une Eglise en sortie… Que ne nous soit jamais volée la joie de la mission !  

Antoine Sondag
novembre 2017

 Pour comprendre le lien entre l’élan missionnaire (illustré par Maximum illud), la politique de paix promue par Benoit XV durant la première guerre mondiale, et la personnalité de ce pape, on lira une biographie de Benoît XV.

Mois missionnaire extraordinaire : le pape Benoît XV

Le pape Benoît XV

 

 

 Lettre au cardinal Filoni

 

Au vénérable Frère
Cardinal Fernando FILONI
Préfet de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples

Le 30 novembre 2019 aura lieu le centenaire de la promulgation de la Lettre Apostolique Maximum illud, par laquelle Benoît XV a voulu donner un nouvel élan à la responsabilité missionnaire d’annoncer l’Evangile. C’était en 1919, à la fin d’un terrible conflit mondial qu’il a défini lui-même « massacre inutile », que le Pape avait senti la nécessité de requalifier de manière évangélique la mission dans le monde, afin qu’elle soit purifiée de toute collusion avec la colonisation et se tienne loin des visées nationalistes et expansionnistes qui avaient causé tant de désastres. « L’Eglise de Dieu est universelle, nullement étrangère à aucun peuple », a-t-il écrit, en exhortant aussi à refuser toute forme d’intérêt, puisque seule l’annonce et la charité du Seigneur Jésus, diffusées avec la sainteté de la vie et les bonnes œuvres, sont la raison d’être de la mission. Benoît XV a ainsi donné un élan spécial à la missio ad gentes, en s’employant, avec les outils conceptuels et de communication en usage à l’époque, à réveiller, en particulier auprès du clergé, la conscience du devoir missionnaire.

Cela répond à l’invitation permanente de Jésus : « Allez dans le monde entier et proclamez l’Evangile à toute la création » (Mc 16,15). Adhérer à cet ordre du Seigneur n’est pas une option pour l’Eglise : c’est sa « tâche obligatoire », comme l’a rappelé le Concile Vatican II, puisque l’Eglise « par nature, est missionnaire». « Evangéliser est, en effet, la grâce et la vocation propre de l’Eglise, son identité la plus profonde. Elle existe pour évangéliser ». Pour correspondre à une telle identité et proclamer Jésus crucifié et ressuscité pour tous, le Sauveur vivant, la Miséricorde qui sauve, « il est nécessaire – affirme encore le Concile – que l’Eglise, toujours sous la poussée de l’Esprit du Christ, marche par la même voie qu’il a suivie, c’est-à-dire par la voie de la pauvreté, de l’obéissance, du service et de l’immolation de soi jusqu’à la mort », afin qu’elle communique réellement le Seigneur, « modèle de l’humanité rénovée, pénétrée d’amour fraternel, de sincérité, d’esprit pacifique, à laquelle tous aspirent».

Ce qui tenait à cœur à Benoît XV il y a presque cent ans, et que le Document conciliaire nous rappelle depuis plus de cinquante ans reste pleinement actuel. Aujourd’hui comme alors « l’Eglise, envoyée par le Christ pour manifester et communiquer la charité de Dieu à tous les hommes et à toutes les nations, a conscience qu’elle a à faire une œuvre missionnaire énorme ». A ce propos, saint Jean-Paul II a observé que « la mission du Christ Rédempteur, confiée à l’Eglise, est encore bien loin de son achèvement » et qu’« un regard d’ensemble porté sur l’humanité montre que cette mission en est encore à ses débuts et que nous devons nous engager de toutes nos forces à son service ». C’est pourquoi, avec les paroles que je voudrais reproposer à l’attention de tous, il a exhorté l’Eglise à « renouveler son engagement missionnaire », avec la conviction que la mission « renouvelle l’Eglise, renforce la foi et l’identité chrétienne, donne un regain d’enthousiasme et des motivations nouvelles. La foi s’affermit lorsqu’on la donne ! La nouvelle évangélisation des peuples chrétiens trouvera inspiration et soutien dans l’engagement pour la mission universelle ».

L’Eglise de Dieu est universelle, nullement étrangère à aucun peuple

Dans l’Exhortation apostolique Evangelii gaudium, recueillant les fruits de la XIIIème  Assemblée Générale Ordinaire du Synode des Evêques, qui a été convoquée pour réfléchir sur la nouvelle évangélisation pour la transmission de la foi chrétienne, j’ai voulu présenter de nouveau à toute l’Eglise cette vocation urgente :  « Jean-Paul II nous a invités à reconnaître qu’il “est nécessaire de rester tendus vers l’annonce“ à ceux qui sont éloignés du Christ, “car telle est la tâche première de l’Église”. L’activité missionnaire “représente, aujourd’hui encore, le plus grand des défis pour l’Église” et “la cause missionnaire doit avoir la première place”. Que se passerait-il si nous prenions réellement au sérieux ces paroles ? Nous reconnaîtrions simplement que l’action missionnaire est le paradigme de toute tâche de l’Église ».

Ce que je voulais exprimer me paraît encore urgent : « [Cela] a une signification programmatique et des conséquences importantes. J’espère que toutes les communautés feront en sorte de mettre en œuvre les moyens nécessaires pour avancer sur le chemin d’une conversion pastorale et missionnaire, qui ne peut laisser les choses comme elles sont. Ce n’est pas d’une “simple administration” dont nous avons besoin. Constituons-nous dans toutes les régions de la terre en un “état permanent de mission” ». Ne craignons pas d’entreprendre, avec confiance en Dieu et beaucoup de courage, « un choix missionnaire capable de transformer toute chose, afin que les habitudes, les styles, les horaires, le langage et toute structure ecclésiale devienne un canal adéquat pour l’évangélisation du monde actuel, plus que pour l’auto-préservation. La réforme des structures, qui exige la conversion pastorale, ne peut se comprendre qu’en ce sens : faire en sorte qu’elles deviennent toutes plus missionnaires, que la pastorale ordinaire en toutes ses instances soit plus expansive et ouverte, qu’elle mette les agents pastoraux en constante attitude de “sortie” et favorise ainsi la réponse positive de tous ceux auxquels Jésus offre son amitié. Comme le disait Jean-Paul II aux évêques de l’Océanie, “tout renouvellement dans l’Église doit avoir pour but la mission, afin de ne pas tomber dans le risque d’une Église centrée sur elle-même” ».

La Lettre apostolique Maximum illud avait exhorté, avec un sens prophétique et une assurance évangélique, à sortir des frontières des nations, pour témoigner de la volonté salvifique de Dieu à travers la mission universelle de l’Eglise. Que l’approche de son centenaire soit un stimulant pour dépasser la tentation récurrente qui se cache derrière toute introversion ecclésiale, toute fermeture autoréférentielle dans ses propres limites sécuritaires, toute forme de pessimisme pastoral, toute nostalgie stérile du passé, pour s’ouvrir plutôt à la nouveauté joyeuse de l’Evangile. Même en ces temps qui sont les nôtres, déchirés par les tragédies de la guerre et minés par la triste volonté d’accentuer les différences et de fomenter les conflits, que la Bonne Nouvelle qu’en Jésus le pardon est vainqueur du péché, la vie est victorieuse de la mort, de la peur et de l’angoisse, soit portée à tous avec une ardeur renouvelée ainsi qu’une grande confiance et espérance.

C’est avec ces sentiments que, ayant accueilli la proposition de la Congrégation pour l’Evangélisation des Peuples, je décrète un Mois missionnaire extraordinaire en octobre 2019, afin de susciter une plus grande prise de conscience de la missio ad gentes et de reprendre avec un nouvel élan la transformation missionnaire de la vie et de la pastorale. On pourra bien s’y préparer, également à travers le mois missionnaire d’octobre de l’année prochaine, afin que les fidèles aient vraiment à cœur l’annonce de l’Evangile et la conversion de leur communauté en une réalité missionnaire et évangélisatrice ; afin que s’accroisse l’amour pour la mission, qui « est une passion pour Jésus mais, en même temps, une passion pour son peuple ».

A Vous, vénérable Frère, au Dicastère que vous présidez et aux Œuvres Pontificales Missionnaires, je confie la charge de commencer la préparation de cet événement, spécialement à travers une ample sensibilisation des Eglises particulières, des Instituts de vie consacrée et des Sociétés de vie apostolique, ainsi que des associations, des mouvements, des communautés et autres réalités ecclésiales. Que le Mois missionnaire extraordinaire soit une occasion de grâce intense et féconde pour promouvoir des initiatives et intensifier de manière singulière la prière – âme de toute mission –, l’annonce de l’Evangile, la réflexion biblique et théologique sur la mission, les œuvres de charité chrétienne et les actions concrètes de coopération et de solidarité entre les Eglises, afin que se réveille et jamais ne nous soit volé l’enthousiasme missionnaire.

Du Vatican, le 22 octobre 2017
XXIXème Dimanche du Temps Ordinaire
Mémoire de saint Jean-Paul II