Journée Missionnaire Mondiale 2016 : un commentaire du message du pape

Comme chaque année, le pape publie à la Pentecôte un message pour la Journée Missionnaire Mondiale (JMM), cette année le 23 octobre 2016. Le thème de ce message, comme on peut s’y attendre en cette année jubilaire, est l’Eglise missionnaire, témoin de miséricorde.

Je voudrais mettre ici en lumière un point original de ce message bref (deux pages). Il s’agit de l’aspect féminin de la miséricorde et de l’aspect féminin de la mission. Cet exercice est périlleux, car il ne s’agit pas de décider que certaines qualités seraient féminines alors que d’autres seraient masculines. Le pape ne tombe pas dans ce travers un peu trop grossier ou trop classique. Mais par le simple fait de consacrer le message pour la JMM à la présence féminine au sein du monde missionnaire et de dire que cela est un signe éloquent de l’amour maternel de Dieu, le pape laisse entendre qu’on n’a pas assez, dans le passé, mis en valeur ce côté… féminin de la mission et de la miséricorde. Exercice risqué mais riche.

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Héroïne de Dieu

Premier point : la présence des femmes, souvent des religieuses, n’a pas été mise en valeur dans l’histoire missionnaire, souvent présentée comme une histoire héroïque faite par des hommes et aussi écrite par des hommes : annonce de l’évangile, baptêmes nombreux, construction d’églises et de bâtiment, ouverture de séminaires… des histoires d’hommes. Où sont passées les femmes ? On a parfois écrit l’histoire de la mission sur le modèle de l’histoire de la colonisation qui est tant marquée par le machisme : les hommes sont au cœur du fait colonial, résultat et expression des plus hautes valeurs « viriles » : l’héroïsme, le courage face au danger, le goût du risque, etc… les femmes sont absentes ou sous-estimées dans cette histoire. Cette dérive a semble-t-il aussi touché l’histoire de la mission catholique. Les femmes y sont assignées à des rôles de femmes soumises. Où sont passées les exploratrices, les aventurières, les missionnaires… ces femmes missionnaires qui ont transformé les sociétés coloniales par leur engagement dans des institutions de santé et d’éducation. Par leur engagement au service des femmes et filles des sociétés soumises de l’ère coloniale. Nous disposons heureusement des travaux de l’historienne Elisabeth Dufourcq, disponibles en livre de poche, sur les congrégations religieuses féminines, sur les aventurières de Dieu, etc… pour nous souvenir de l’histoire des chrétiennes dans l’histoire de l’Eglise.

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Sœurs malgaches en mission en France

Deuxième point : sous-estimer le rôle des femmes vient aussi du fait qu’on sous-estime l’importance des activités souvent exercées par les femmes, comme si ces activités étaient annexes ou secondaires… Or les tâches missionnaires sont multiples : « de l’annonce directe de l’Evangile au service caritatif » nous dit le pape. Baptiser, certes, mais aussi ouvrir des écoles et des centres de santé. Le pape dit aussi que les femmes comprennent souvent mieux les problèmes des personnes … en accordant une attention aux personnes plutôt qu’aux structures. Il ne dit pas que ces attitudes pastorales sont « féminines » mais qu’elles sont souvent mises en œuvre par des femmes… or ce sont ces attitudes pastorales que le pape François privilégie dans un texte comme La joie de l’amour : discernement, proximité, intégration, pédagogie de la gradualité… De là à prétendre que les femmes sont de meilleures missionnaires que les hommes, il n’y a qu’un pas que le pape ne franchit pas, mais on peut lire entre les lignes. Et cela ne vaut pas que pour les siècles passés ou des contrées lointaines, mais aussi pour l’activité missionnaire ici et maintenant, en France… d’autant que le message pour la JMM est destiné au monde entier, et non à la seule France.

Troisième point : ces valeurs socialement considérées comme féminines sont à mettre en œuvre par tous les missionnaires, ceux du pays même et les étrangers, les femmes comme les hommes. Le service maternel de la miséricorde qui aide les peuples à aimer Dieu… doit transparaitre chez tous les chrétiens, les hommes comme les femmes. Donc les hommes doivent apprendre à se faire témoin de l’amour maternel de Dieu, à se faire les témoins de la tendresse de Dieu.

Le message bref du pape pour la JMM ne doit pas être lu distraitement durant le mois d’octobre comme un texte de plus du pape, comme une page de plus sur la miséricorde qui a donné lieu à tant d’écrits depuis un an. Il faut savoir découvrir dans ce message pour la JMM ces perles, non pas sur le genre féminin, mais sur la tendresse de Dieu et sur sa miséricorde. Souvent les femmes se font de meilleures interprètes de cet amour maternel de Dieu. Aux hommes (dont moi) de relever ce défi de devenir en notre monde témoins d’un amour de Dieu qu’on peut qualifier à juste titre de maternel.

 

Antoine Sondag
19 juillet 2016

 

L'histoire du Palais de la Porte dorée remonte à l'Exposition internationale de 1931. Conçu comme pour être un musée des colonies, devant représenter l’histoire de la conquête coloniale, des territoires colonisés, il abrite aujourd’hui la Cité de l’histoire de l’immigration…Les fresques, réalisées par Pierre Ducos de la Haille, qui recouvrent entièrement les murs du Forum évoquent les bienfaits de la colonisation notamment au travers des figures du missionnaire. La République laïque reconnait le rôle social de l’Eglise dans les colonies.
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Un père blanc, missionnaire, libère un jeune Africain de ses chaînes .

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Une religieuse soignant un enfant asiatique.